La Chronique d'Elisabeth - Partie 58

Partie 58
Élisabeth ne se rendit pas chez ses parents durant un mois.
Elle se contentait d’échanger par téléphone avec sa mère.
Elle n’eut aucune nouvelle de ses sœurs, ni de son père. Aucun d’eux ne chercha à la joindre. Et ce fut ainsi jusqu’au 28 août 2021.
Ce jour-là, la vie d’Élisabeth bascula totalement.
Précisément un mois jour pour jour après l’anniversaire de son père, ses deux parents tombèrent très malades.
Après des semaines de silence, sa petite sœur la contacta afin de lui demander de se rendre immédiatement à la maison familiale.
Lorsqu’Élisabeth arriva sur les lieux, sa mère se trouvait dans l’une des chambres. Elle se précipita à son chevet, mais sa mère lui dit tout doucement :
« Va plutôt voir ton père. Il en a besoin. Moi, ça va. »
Son père, seul dans la chambre conjugale, était dans un état bien plus préoccupant que sa mère.
En le voyant, Élisabeth resta sous le choc.
Il était amaigri. Sa mâchoire était serrée, sa bouche sèche. Il tremblait et avait énormément de mal à respirer.
De toute sa vie, elle n’avait jamais vu son père dans un si mauvais état.
Cette vision la troubla profondément, au plus profond de son âme. Mais, comme elle avait appris à contenir ses émotions, elle prit sur elle, comme elle savait si bien le faire, et ne laissa rien paraître.
Lorsqu’il la vit entrer dans la chambre, il s’agita instantanément.
Sa respiration s’accéléra et devint encore plus difficile.
La jeune femme se mit à genoux à son chevet et soupira.
Aussitôt, son père poussa un cri déchirant et se mit à pleurer comme jamais auparavant.
Il voulut se redresser pour s’agripper à elle, mais il n’y parvint pas. Son corps retomba lourdement sur le lit.
Il pleurait d’amertume et de peur.
Il marmonnait quelques mots, mais Élisabeth ne parvenait pas à les comprendre tant son souffle était court.
Voyant qu’il était en grande difficulté respiratoire, à la limite de l’étouffement, Élisabeth, totalement déboussolée, lui prit les deux mains et tenta doucement de le calmer.
Il fit un mouvement de la tête, comme pour lui faire comprendre qu’elle devait l’écouter.
La jeune femme tenta de le rassurer :
« Ça va aller. Je suis là. Ne t’inquiète pas. »
Mais il se mit à pleurer davantage.
Puis, dans un souffle, il lui dit :
« Pardon, Élisabeth… Je te demande pardon…»
Le cœur d’Élisabeth se fendit.
Son père était totalement à bout. Elle pouvait percevoir la peur dans ses yeux.
À travers son comportement, elle comprit qu’il pensait peut-être mourir. Il semblait vouloir dire certaines choses à sa fille, des choses qu’il n’arrivait plus à faire sortir de sa bouche.
Alors Élisabeth le rassura.
Elle lui dit qu’elle l’aimait et qu’elle lui avait déjà pardonné.
Entre deux soufflés il rétorqua :
« À l’église, c’est dur, très dur ! Et tu m’as laissé tomber. »
Elisabeth lui dit d’un ton ferme :
« Ne dis pas ça ! Je ne t’ai jamais laissé tomber. C’est toi qui me traite comme si j’étais ton ennemi alors que j’ai toujours voulu t’aider. Tu vois ? Encore une fois, je suis là… »
Elle insista sur le fait qu’elle ne lui en voulait pas et qu’il devait être en paix.
Puis, toujours à genoux à son chevet, elle prit son visage entre ses mains et lui dit :
« Sois calme. Tu ne vas pas mourir. Personne ne va mourir ici. Tu m’entends ? Personne ne va mourir ! »
Puis, elle se mit à prier tandis que son père continuait de pleurer.
Après un moment, elle retourna auprès de sa mère et resta un instant à ses côtés…
— Merveille Grâce Lutete
Autrice