Réflexions

La Chronique d'Elisabeth - Partie 5

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La Chronique d'Elisabeth - Partie 5

Partie 5

Depuis le retour d’Elisabeth au sein du foyer familial, l’atmosphère n’était plus la même.

Après un an et demi de vie en autonomie, revenir au bercail s’avérait difficile. Elle devait à nouveau se soumettre aux règles de la maison et avait perdu ce sentiment de liberté qui lui était devenu précieux.

Elle tentait malgré tout de préserver une relation apaisée avec son père, malgré leurs différends.

Au fond d’elle, Elisabeth aurait aimé être accompagnée, encadrée, enseignée après son baptême.

Au lieu de cela, elle se sentait livrée à elle-même, sans repères, ne sachant vers qui se tourner.

Elle trouva refuge dans la musique et dans l’écriture. Elle continuait à jouer du piano, écrivait des textes et passait de longues heures en studio à répéter.

L’année 2015 s’acheva. Nous étions désormais en 2016.

Au fil des mois, Elisabeth constatait de plus en plus d’incohérences.

À l’église comme à la maison, elle se sentait perdue, mal à l’aise, presque étrangère à cet environnement dans lequel elle avait pourtant toujours grandi.

Elle était en quête de réponses… mais celles-ci ne venaient pas.

À cela s’ajoutaient des expériences troublantes : des rêves qu’elle ne parvenait pas à interpréter, des choses qu’elle voyait sans pouvoir les expliquer.

Confuse, déstabilisée, elle en parlait à ses parents, mais ne se sentait pas comprise.

À leurs yeux, elle était simplement trop curieuse, trop intrusive.

Elisabeth cherchait sa voie.

Elle voulait avancer, construire, voir ses projets aboutir.

Spontanée, curieuse, autonome, rêveuse et audacieuse, elle avait besoin de comprendre pour savoir où elle allait.

Ce sentiment d’incompréhension la poussa peu à peu à prendre du recul.

En mai 2016, une opportunité se présenta : Elisabeth fut invitée en tant qu’intervenante à une réunion de jeunesse dans une autre assemblée.

Elle en parla à son père, qui lui donna son accord.

Elle y participa accompagnée de quelques membres de la chorale, et cette expérience marqua un tournant.

Elle y rencontra d’autres jeunes, avec qui elle se lia rapidement d’amitié. Ensemble, ils partageaient leur foi, la musique et la Parole de Dieu.

Dans cette atmosphère, Elisabeth se sentait vivante. Édifiée. À sa place.

À l’inverse, les jeunes de son église lui semblaient fermés, rigides, enfermés dans une religiosité qui l’étouffait.

Un jour, une jeune sœur de cette assemblée l’invita à participer à un culte.

Elisabeth refusa catégoriquement.

Elle expliqua qu’elle acceptait les moments de partage, les répétitions, les échanges…

Mais assister à un autre culte serait aller à l’encontre de l’autorité de son père. C’était formellement interdit.

La jeune sœur n’insista pas, mais lui laissa une porte ouverte : si elle changeait d’avis, elle serait la bienvenue.

Quelques mois plus tard, un événement allait tout faire basculer.

Nous étions en août 2016.

Elisabeth se rendit à un événement chrétien avec une sœur. Plusieurs artistes y étaient attendus, et elle savait qu’elle y passerait un excellent moment.

Avant de partir, elle informa sa mère, qui la mit une nouvelle fois en garde.

Habituée, Elisabeth répondit :

« Je ne fais rien de mal, maman. Tu le sais. Ça me fait du bien… et j’en ai besoin. »

Sa mère lui rappela alors la tension qui régnait déjà entre elle et son père.

Quelques jours plus tôt, celui-ci l’avait surprise en pleine nuit, en train d’écouter une prédication.

Chaque soir, lors de son temps de prière, il passait dans la chambre de ses filles pour prier pour elles.

Cette nuit-là, Elisabeth s’était endormie avec une prédication en fond sonore.

Lorsqu’il entra dans sa chambre, la vidéo tournait encore.

Il la réveilla immédiatement et la réprimanda sévèrement, allant jusqu’à la menacer de lui confisquer son téléphone.

Puis, il cessa de lui adresser la parole.

C’est pour cette raison que sa mère tenta encore de la dissuader, lui reprochant de provoquer inutilement son père.

Mais Elisabeth, certaine de ne rien faire de mal, décida d’y aller malgré tout.

Sachant que sa mère la couvrirait, elle prit la route.

Insouciante, elle partagea même des moments de sa journée sur les réseaux sociaux…

La journée fut belle.

Elle en profita pleinement.

Mais en rentrant, tout changea.

Arrivée devant la porte, elle frappa.

Personne n’ouvrait.

Les secondes semblaient interminables.

Puis, elle entendit des pas lourds… fermes… se rapprocher de la porte.

C’étaient ceux de son père.

Et, soudain, Elisabeth sentit la peur monter en elle.

— Merveille Grâce Lutete

Autrice