La Chronique d'Elisabeth - Partie 46

Partie 46
Elisabeth n’avait désormais qu’un seul objectif : son livre.
Rien ni personne ne pouvait la distraire, ni la décourager, encore moins semer le doute dans son esprit.
La présence de cette personne qui croyait en elle et la soutenait lui insufflait une ardeur nouvelle. Elle y consacrait toute son énergie, au point d’en oublier son chagrin.
Ce renouveau éveillait en elle un désir profond : celui de se réconcilier avec Dieu. On aurait pu croire que cette envie constante de se faire du mal l’avait enfin quittée.
Avec du recul, elle réalisait malgré tout la grâce qu’elle avait reçue : celle de s’en être sortie vivante, et d’avoir conservé sa lucidité.
La dépression et les pensées suicidaires auraient pu la détruire entièrement. Mais, contre toute attente, elle renaissait de ses cendres, portée par un nouvel espoir : celui de retrouver la valeur et l’estime qu’elle avait perdues.
Ses petits refuges imprégnés d’épices et d’encens : sa voiture et sa chambre, avaient été les témoins de fervents moments de prière. Là, dans ces espaces intimes, elle avait appris à se tenir compagnie à elle-même.
Sans même s’en rendre compte, ces longues périodes de solitude, d’enfermement et de rejet l’avaient, en réalité, façonnée et protégée.
Alors qu’elle croyait son âme, son corps et son esprit consumés, elle avait, au contraire, attisé en elle un feu. Ce « feu étranger » dont parlait son père, prêt à jaillir à tout instant.
Quelques semaines plus tard, Elisabeth dut subir une intervention chirurgicale en urgence à l’un de ses membres supérieurs. Elle fut privée de l’usage de son bras gauche pendant un mois.
Chaque jour, une infirmière venait lui prodiguer des soins. C’est dans ce contexte qu’Elisabeth se rapprocha de Lucienne.
Touchée par sa situation, Lucienne lui proposait régulièrement son aide. Peu à peu, les deux jeunes femmes apprirent à se connaître, à s’ouvrir l’une à l’autre.
Elisabeth découvrit en elle une femme courageuse, marquée par la vie. Joyeuse et rêveuse, parfois en apparence nonchalante, mais qui ne demandait qu’à être aimée.
Leur lien se renforça au point que leur simple colocation prit des allures de véritable cohabitation.
Lucienne devint ainsi la seconde belle rencontre d’Elisabeth depuis son départ du domicile familial.
Arrivée en juillet 2019, Elisabeth n’avait toujours pas remis les pieds chez ses parents. Pourtant, elle échangeait régulièrement avec sa mère, qui ne cessait de la réclamer. Mais Elisabeth refusait catégoriquement de lui rendre visite.
Lorsqu’elle recevait du courrier, elle demandait à sa grande sœur de le récupérer pour elle, afin d’éviter tout contact.
La veille de l’anniversaire de son père, sa mère lui envoya un message pour le lui rappeler.
Elle supplia sa fille de faire un premier pas. Elle lui confia qu’au fond, son père n’assumait pas son acte, et que son absence le faisait profondément souffrir.
Elisabeth répondit qu’elle ne lui souhaiterait pas son anniversaire. Quelques mois plus tôt, il avait ignoré le sien.
De plus, il n’avait jamais cherché à savoir où elle vivait ni comment elle allait.
Sa mère insista. Elle lui avoua qu’il avait beaucoup maigri et qu’il ne parlait que d’elle. Puis elle ajouta :
« Revêts ton cœur d’enfant, s’il te plaît. Fais un pas vers lui. Il en a besoin. Ça lui fera du bien. Lui est trop orgueilleux pour le faire, mais en réalité, il souffre. Aide-le… fais-le pour moi, ta maman, s’il te plaît. Je te laisse sur ces mots. Je crois que tu le feras. Bonne soirée. »
Elisabeth ne répondit pas à ce dernier message.
Pourtant, sa mère avait su toucher une corde sensible.
Le lendemain matin, Elisabeth contacta son père…
— Merveille Grâce Lutete
Autrice