La Chronique d'Elisabeth - Partie 4

Partie 4
Les jours qui suivirent son baptême, Elisabeth se sentait embrasée d’un feu intérieur.
Elle se rapprocha davantage de son père et lui posait énormément de questions.
Une soif insatiable l’habitait.
Elle voulait apprendre, comprendre, exceller dans son ministère, et souhaitait même intégrer le groupe d’intercession.
Concernant ce dernier désir, son père était réticent et lui demanda de patienter.
Au fond d’elle, Elisabeth savait que cette charge serait difficile à assumer et que les temps d’intercession ne correspondaient pas à son emploi du temps. Pourtant, c’était le désir profond de son cœur.
Au-delà des enseignements de son père à l’église, elle voulait faire ses propres recherches.
Elle aspirait ardemment à rencontrer ce Dieu dont elle avait tant entendu parler.
Elle voulait l’expérimenter, comme ceux qui affirmaient l’avoir rencontré.
Qui était donc ce Jésus, Seigneur et Sauveur, que son père priait avec tant de dévouement ?
Que signifiait réellement avoir la foi ?
Elisabeth était enfant de pasteur, mais cette foi lui avait été imposée.
Elle ne connaissait pas le Dieu qu’elle servait.
Elle avait toujours suivi, parce que c’était ainsi, sans réellement comprendre ce qu’impliquait la spiritualité.
Convaincue que sa vie brillerait désormais de mille feux, et que tout lui réussirait, Elisabeth proclamait haut et fort sa foi, mettant tout en œuvre pour s’aligner avec cette nouvelle vie.
Elle s’était établi un programme de lecture pour découvrir la Bible. Elle tenait un carnet dans lequel elle notait ses réflexions, ses analyses et ses propres commentaires.
Elle était en plein dans ce que l’on appelle « le zèle du nouveau-né ».
Pour nourrir son esprit, Elisabeth écoutait des prédications sur YouTube. Malgré l’interdiction de son père, elle continuait.
Elle allait même jusqu’à l’encourager à écouter certains messages de ses collègues dans le ministère. Elle voulait qu’il soit, lui aussi, béni par ce qui l’avait tant touchée.
Parfois, pensant bien faire, elle lui rapportait certains enseignements.
Mais son père réagissait fermement :
« Tu n’obéis pas, tu continues à écouter ces gens ! Les connais-tu réellement ? Qui te dit qu’ils sont de Dieu ? Ce que je vous donne à l’église ne te suffit pas ? Cesse de me parler d’eux. Ce que Dieu m’inspire me suffit. Je n’ai pas besoin de me nourrir des autres. »
Malgré ces interdictions répétées, Elisabeth continua.
Elle était persuadée de ne rien faire de mal, puisque cela lui faisait du bien.
Elle en parlait à sa mère, cherchant à comprendre l’attitude de son père.
Cette interdiction ne concernait pas seulement leur foyer, mais aussi l’ensemble des fidèles de l’église.
Un jour, du haut de la chaire, son père déclara qu’écouter d’autres serviteurs portait atteinte à son honneur. Il était donc strictement interdit d’écouter d’autres prédicateurs ou de fréquenter d’autres assemblées.
Pourtant, avec son groupe de gospel, Elisabeth s’était déjà rendue dans plusieurs églises pour chanter. Ils avaient même organisé un concert auquel son père avait assisté pour les encourager.
Ce paradoxe la troublait.
Ce qu’il ignorait, c’est qu’Elisabeth fréquentait également d’autres jeunes chrétiens, avec qui elle assistait à des conférences. Elle avait même participé à deux séminaires du pasteur Marcello.
Seule sa mère était au courant, et ne cessait de la mettre en garde : le jour où son père l’apprendrait, les conséquences seraient lourdes.
À force de fréquenter d’autres milieux et d’écouter différents enseignements, Elisabeth commença à remarquer des différences dans le fonctionnement de l’église de son père.
Il n’y avait aucune délégation : son père faisait tout lui-même.
Les cultes se ressemblaient tous.
Les femmes n’avaient pas le droit de se tenir devant.
Les sœurs s’asseyaient à gauche, les frères à droite.
À la fin du culte, il fallait d’abord saluer le pasteur avant de saluer les autres.
Il était interdit de croiser les jambes, de bouger pendant la prédication, ou même de tirer la chasse d’eau durant les temps de prière.
Une fois la prédication commencée, personne ne pouvait sortir.
Il n’y avait jamais de mariage.
Les fidèles venaient… puis finissaient par partir.
Et lorsqu’une personne quittait l’église, tout contact avec elle était interdit.
Aucun membre de la famille ne priait avec eux.
Peu à peu, son regard changea.
Ce qui lui semblait autrefois normal ne l’était plus.
Elle posa alors de plus en plus de questions à son père.
Et lorsqu’elle n’obtenait pas de réponses, elle se tournait vers sa mère.
L’enfant modèle était en train de devenir une enfant rebelle.
Et cela commençait à déranger…
— Merveille Grâce Lutete
Autrice