Réflexions

La Chronique d'Elisabeth - Partie 38

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La Chronique d'Elisabeth - Partie 38

Partie 38

C’est donc le cœur lourd qu’Elisabeth se rendit à son rendez-vous.

Elle s’était mis en tête qu’elle perdrait sûrement son travail et s’y était déjà préparée.

Consciente, elle se disait intérieurement que c’était la suite logique.

Cette pente lisse et glissante sur laquelle elle se trouvait depuis des mois la menait droit vers un chaos qu’elle avait presque hâte d’atteindre.

Elle voulait savoir jusqu’où ces ténèbres allaient l’emporter.

Désarmée, elle ne se battrait plus, ne lutterait plus, ne contesterait plus.

Seule et prise au piège, elle attendait simplement le verdict.

Arrivée au siège, elle se sentit pourtant honorée et fut très bien reçue.

L’entretien, qui se tenait avec une RH et la directrice, se déroula à merveille.

Toutes les trois furent ravies de pouvoir enfin mettre un visage sur un nom, et sur une voix.

Elles débutèrent l’entretien en demandant à Elisabeth comment elle se sentait.

La jeune femme répondit qu’elle allait bien, que tout allait bien pour elle.

La directrice s’adressa à elle avec douceur et tenta de l’amadouer :

« Si quelque chose te tourmente ou te tracasse, tu peux nous en parler. Nous pourrions t’aider. »

Cependant, Elisabeth ne laissa rien transparaître.

Cette approche lui rappela la manière dont le pasteur de la seconde assemblée était parvenu à l’attendrir.

Elle s’était juré de ne plus se laisser atteindre.

Alors, la série de questions commença :

Rencontres-tu des problèmes familiaux ?

As-tu un petit ami ? Une rupture amoureuse qui t’aurait bouleversée ?

Es-tu fatiguée ? As-tu besoin de repos sur une longue durée ?

Attends-tu un enfant ?

Elisabeth répondit négativement à toutes leurs interrogations, sauf à celle de la fatigue.

Les deux femmes échangèrent un regard, puis la directrice poursuivit en énumérant les faits qui lui étaient reprochés.

Elle lui demanda ensuite si elle se reconnaissait dans ces reproches.

Elisabeth acquiesça.

Navrée, la directrice lui demanda alors ce qu’elle pouvait faire pour elle.

Elisabeth, la regardant droit dans les yeux, répondit :

« Rien. Vous pouvez me licencier. »

Un silence envahit la pièce.

La directrice lui demanda si elle était sûre.

Elisabeth répondit que oui.

Elle ajouta qu’elle était désolée pour tous les dommages causés, qu’elle était très fatiguée et qu’une longue période d’arrêt n’arrangerait pas les choses.

Elle finit par s’excuser pour son comportement, expliquant que ce n’était pas l’image qu’elle aurait voulu laisser.

Et afin d’éviter tout autre incident, elle préférait que son contrat prenne fin.

La directrice ne répondit qu’un simple : « Très bien. »

Elle envoya la RH rédiger les documents et informa Elisabeth que la décision lui serait communiquée.

C’est ainsi qu’Elisabeth renonça à son travail… et le perdit.

Elle se sentit délivrée.

Délivrée de cette peur constante de commettre une nouvelle erreur, de blesser ou de décevoir ses employeurs et ses collègues.

Elle se percevait désormais comme une menace pour les autres et préférait s’isoler, au point de renoncer à ce qui était son seul échappatoire : son activité professionnelle.

Elle avait totalement perdu confiance en elle.

— Merveille Grâce Lutete

Autrice