La Chronique d'Elisabeth - Partie 34

Partie 34
Un soir de décembre 2018, une semaine avant les fêtes de Noël, une violente dispute éclata entre Élisabeth et sa petite sœur.
Comme à son habitude, cette dernière lui manqua de respect, et ce devant une amie du quartier. Élisabeth ne supporta pas cette énième humiliation. Indignée, elle sentit quelque chose se briser en elle.
Malade, épuisée et accablée par tout ce qu’elle avait enduré au cours de cette année, la jeune femme finit par craquer. Dans un excès de colère, elle saisit le premier objet qui lui tomba sous la main : un fer à repasser, qu’elle lança en direction de sa sœur.
L’amie poussa un cri de stupeur. La benjamine esquiva l’objet, qui ne la toucha pas. Mais Élisabeth, hors d’elle, se jeta alors sur sa sœur et la frappa violemment.
Terrifiée, l’amie recula sans oser intervenir.
Les cris et l’agitation alertèrent immédiatement le père et la grande sœur d’Élisabeth, qui se trouvaient dans le salon.
Sans perdre une seconde, l’aînée s’empara d’Élisabeth, l’entraîna dans une chambre et verrouilla la porte derrière elles.
Complètement incontrôlable, Élisabeth se débattait en hurlant qu’on la laisse terminer ce qu’elle avait commencé.
Dépassée par la situation, sa grande sœur se mit à pleurer.
« Calme-toi, je t’en supplie ! Ne fais pas de bêtises ! »
Mais Élisabeth ne voulait rien entendre : « C’en est trop ! Cette fois, c’est terminé ! »
Pendant ce temps, de l’autre côté de la porte, leur père frappait avec violence et exigeait qu’on lui ouvre.
« Ouvre cette porte ! »
Sa voix résonnait dans tout l’appartement.
« Pour qui elle se prend, celle-là ?! Qui la frappe ici pour qu’elle ose toucher à sa sœur ?! Ouvre ! Aujourd’hui, c’est moi qui vais régler ça ! »
Élisabeth demanda alors à sa sœur d’ouvrir la porte afin qu’elle puisse se livrer à son père.
La scène paraissait irréelle.
Tout le monde criait. Tout le monde était à bout.
Soudain, Élisabeth s’effondra en larmes.
Entre deux sanglots, elle répétait qu’elle n’en pouvait plus. Qu’elle voulait mourir. Qu’elle voulait que tout s’arrête.
Elle tenta d’expliquer à sa sœur ce qu’elle endurait depuis des mois. Elle lui reprocha de ne pas voir sa souffrance, de ne pas comprendre ce qu’elle supportait chaque jour depuis qu’elle ne vivait plus à la maison.
Ses paroles étaient bouleversantes.
Elle ne mesurait plus ce qu’elle disait.
C’était le cri de son âme.
Émue et désemparée, sa grande sœur continua de la supplier de se calmer. Elle lui promit de la faire sortir de cet environnement, de l’emmener chez elle et de l’aider.
Mais Élisabeth refusa catégoriquement.
Pour elle, il n’était pas question de partir.
À cet instant, elle ne voyait que deux issues : retourner s’en prendre à sa petite sœur ou se livrer à son père.
À bout de forces, l’aînée finit par crier à travers la porte et ordonna à leur père de laisser Élisabeth tranquille.
Elle lui reprocha son injustice et lui déclara qu’au lieu d’alimenter la haine et d’attiser le conflit entre ses deux filles, il devrait cesser de prendre parti.
Lorsque le père entendit la voix de celle qui, d’ordinaire, restait silencieuse, il se tut.
Peu à peu, le vacarme cessa.
Il retourna finalement au salon.
Alors seulement, l’aînée ouvrit la porte.
Élisabeth sortit.
Toujours en pleine crise, elle se dirigea précipitamment vers la cuisine.
En traversant le couloir, elle aperçut sa mère, assise seule sur le canapé, la tête baissée.
Cette dernière semblait vaincue.
Sous ses yeux, sa famille était en train de se briser.
Élisabeth prit une bouteille d’eau, puis quitta l’appartement.
— Merveille Grâce Lutete
Autrice