La Chronique d'Elisabeth - Partie 31

Partie 31
Le lendemain matin, Elisabeth se leva très tôt pour se rendre au travail.
Lorsqu’elle sortit de la chambre de ses parents, elle vit que son père, qui avait dormi dans le salon la veille, était déjà réveillé.
Durant sa préparation, son père vint vers elle et lui demanda où elle allait.
Elisabeth lui répondit qu’elle se rendait au travail.
Le père répliqua en disant qu’il préférait qu’elle n’y aille pas à cause des événements de la veille. Il préférait la voir rester à la maison pour se reposer.
Elisabeth répondit fermement qu’elle ne pouvait pas manquer son travail et qu’elle se sentait très bien.
N’étant pas rassuré par les propos de la jeune femme, le père d’Elisabeth se décida à l’accompagner en bas de l’immeuble. Il affichait une mine sombre qui laissait transparaître un sentiment de désolation et d’appréhension. Il insista une nouvelle fois pour qu’Elisabeth ne parte pas.
Cependant, trop orgueilleux pour reconnaître ses torts ou demander pardon, il demeurait incapable de remettre son comportement en question.
D’après lui, il avait simplement « mis en lumière ce qu’il avait toujours dit à Elisabeth concernant la 2e Assemblée ». Il ne se sentait donc aucunement coupable.
Selon lui, Elisabeth était victime de sa propre désobéissance. Cet « esprit de suicide » avait été animé par le pasteur de la 2e Assemblée parce qu’« il n’était pas de Dieu ».
L’Envoyée, qui avait servi d’espion, avait raconté qu’Elisabeth n’était ni en paix ni en sécurité dans la 2e Assemblée et que le pasteur profitait de sa vulnérabilité.
Ces éléments, qu’il considérait comme irréfutables, servirent au père d’Elisabeth à obtenir ce qu’il avait toujours désiré : retirer sa fille de cette église.
À la suite de ces événements, Elisabeth ne se rendit plus à la 2e Assemblée.
Elle n’avait plus le droit d’y aller.
Grâce à l’Envoyée, le père d’Elisabeth sut que le pasteur principal de la 2e Assemblée était opposé à sa relation avec Thomas et qu’il les persécutait. Il était également au courant de ce que le pasteur racontait sur sa fille ainsi que du chantage, de la pression et de l’intimidation qu’elle subissait.
Quelques jours avant cette fameuse réunion, Elisabeth avait été convoquée par les deux pasteurs de la 2e Assemblée.
Ne voulant pas mettre un terme à sa relation avec Thomas, elle devait quitter le groupe de chorale au sein duquel elle chantait depuis peu. Elle devait également quitter l’église.
Durant cet entretien, le pasteur principal de la 2e Assemblée finit par lui déclarer :
« Je ne suis pas ton père pour que tu me résistes et me désobéisses. Moi, je t’ai acceptée et adoptée comme ma fille ici. Je ne tolère pas le désordre dans mon église ni dans ma chorale, car tu donnes un mauvais exemple aux plus jeunes.
Comme tu aimes Thomas plus que moi, je veux que tu quittes la chorale et je te renvoie chez ton père. »
Elisabeth avait raconté cela à l’Envoyée sans savoir que celle-ci en avait déjà connaissance.
Cette dernière rapporta tout au père d’Elisabeth.
Le pasteur de la 2e Assemblée avait finalement donné raison au père d’Elisabeth en confirmant, malgré lui, les paroles qu’il lui avait autrefois adressées :
« Tu crois que tu vas rester là-bas ? Tu crois que ce pasteur est désormais ton père ? Tu verras, tu seras déçue. »
La jeune fille était trahie, déçue, brisée, blessée et désarmée.
Elle avait été touchée au plus profond de son âme.
Jamais elle n’aurait imaginé que tout cela puisse se terminer ainsi, car de son côté, elle avait toujours été sincère et authentique.
Elle ne cherchait que de l’aide, du soutien et du secours.
De plus, elle ne comprenait pas pourquoi le pasteur était aussi obstiné à la séparer de Thomas, au point d’inventer des allégations à son sujet.
Elle lui en voulait profondément, car il ne l’avait pas protégée ; au contraire, il l’avait davantage exposée.
Finalement, il n’était pas mieux que son père.
Elle avait honte.
Elle se sentait stupide et ridicule.
Malgré tout, elle espérait encore qu’il la recontacte après son départ.
Mais il ne le fit pas.
Il ne la contacta pas et ne chercha pas non plus à prendre de ses nouvelles.
Il l’avait bel et bien trahie.
Cette blessure endurcit profondément le cœur d’Elisabeth.
Peu à peu, la confiance fit place au dégoût, et quelque chose en elle commença à se briser définitivement.
— Merveille Grâce Lutete
Autrice