La Chronique d'Elisabeth - Partie 30

Partie 30
Le 16 août 2018 se tint la « réunion de trop ».
Ce soir-là, ses sœurs, son beau-frère et sa mère étaient présents. Son père fit également venir une mère de l’assemblée accompagnée de ses deux filles.
Quelques mois auparavant, Élisabeth avait commis une erreur qui s’était avérée fatale pour elle, mais également pour sa relation avec Thomas.
Elle avait invité l’une des filles de cette femme à se rendre avec elle à la deuxième Assemblée.
Cette jeune femme était en réalité une envoyée. Elle avait joué sournoisement sur deux tableaux : elle s’était alliée au pasteur de la deuxième Assemblée contre Élisabeth et Thomas, tout en collaborant avec le père d’Élisabeth afin de l’aider à faire sortir sa fille de cette église.
Cependant, jusqu’à ce jour, Élisabeth n’en savait rien.
Ce soir-là, le salon se transforma en salle d’audience.
Accusée, seule et impuissante face à tous, sans avocat pour la défendre, elle n’eut même pas le droit de prononcer un mot.
Pendant plus d’une heure, Élisabeth subit un acharnement insupportable. Elle fut la cible d’accusations incessantes et d’une immense supercherie.
À l’issue de ce procès, elle se sentit morte intérieurement.
Ils avaient gagné.
Son père l’avait vaincue.
Les regards posés sur elle, les menaces de son père, sa voix puissante qui résonnait encore dans son esprit, les allégations mensongères de cette jeune femme et de sa mère, les moqueries de sa propre mère, le mépris de sa petite sœur, le regard accusateur de son beau-frère…
La jeune femme vivait un véritable cauchemar.
Elle était diabolisée aux yeux de tous.
Élisabeth venait de subir un guet-apens.
Et ce guet-apens, elle ne l’avait malheureusement pas vu venir.
À cet instant, elle se dit que la meilleure chose à faire était de mourir.
N’avaient-ils pas raison, finalement ?
« Suis-je menteuse ? Suis-je folle ? »
Et si elle ne commettait pas l’irréparable elle-même, son père finirait par la tuer.
Au vu de la vague de haine qu’elle subissait, l’homicide lui semblait n’être qu’une suite logique.
Ce soir-là, Élisabeth ne voyait aucune autre issue.
Elle devait mourir.
Elle n’avait plus sa place ici-bas.
Le but de cette réunion était de l’achever.
Et c’était réussi.
Avant de passer à l’acte, elle contacta l’une de ses amies pour lui annoncer son intention de mettre fin à ses jours. Elle lui demanda également de transmettre un dernier message à Thomas.
Elle appela ensuite sa grande sœur, enceinte de 8 mois.
En sanglots, elle lui demanda :
« Je t’en supplie, dis-moi que tu n’as pas cru une seule chose de ce qui a été dit. Pas toi… Pas toi ! Toi, tu n’as pas le droit d’être de leur côté. Je t’en supplie, dis-moi que tu n’y crois pas. »
Elle poursuivit en lui annonçant qu’elle allait se jeter par la fenêtre et que sa décision était irrévocable.
Il est important de préciser que la porte d’entrée de l’appartement était fermée à clé, comme toujours. La jeune femme n’avait donc aucun autre moyen de fuir.
Dans sa chambre, porte bloquée, Élisabeth se préparait à passer à l’acte, sans savoir que son amie avait déjà appelé Thomas et que celui-ci était en route vers le domicile de ses parents.
En parallèle, sa sœur contacta leur père et lui demanda de se rendre immédiatement dans la chambre d’Élisabeth.
Tout se déroula à une vitesse fulgurante.
L’atmosphère était lourde.
Un esprit de mort semblait planer sur les lieux.
Soudain, le père d’Élisabeth ouvrit violemment la porte de sa chambre et se précipita sur elle.
Debout sur le rebord de la fenêtre, la jeune femme fut projetée sur son lit.
Son père tenta de la maîtriser.
Hystérique et méconnaissable, Élisabeth hurlait de toutes ses forces en se débattant.
Elle était dans un tel état que son père ne parvenait pas à la calmer.
Il appela alors son épouse, mais celle-ci ne répondit pas.
Plus tard, Élisabeth apprendra que sa mère était descendue ouvrir à Thomas, qui sonnait à l’interphone.
Pendant ce temps, son père, traînant sa fille au sol, essayait de l’emmener jusqu’au salon.
Mais Élisabeth semblait animée d’une force hors du commun et il n’y parvenait pas.
Puis vint le vide.
Un trou noir.
Élisabeth perdit connaissance.
Elle se souviendra seulement s’être réveillée dans la chambre de ses parents, où elle avait dormi aux côtés de sa mère, tandis que son père avait passé la nuit sur le canapé.
Ce soir-là, pour la première fois depuis 2014, le père d’Élisabeth eut peur.
Il réalisa que, cette fois, il était allé beaucoup trop loin.
— Merveille Grâce Lutete
Autrice