Réflexions

La Chronique d'Elisabeth - Partie 22

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La Chronique d'Elisabeth - Partie 22

Partie 22

Le 8 janvier 2018, les congés terminés, c’est avec beaucoup de joie qu’Elisabeth reprit le travail, car c’était l’endroit où elle se sentait le mieux.

L’endroit où elle pouvait respirer, souffler, se concentrer.

L’endroit où elle se sentait utile et importante.

Son lieu de travail était son havre de paix, son échappatoire, d’autant plus que personne ne savait ce qu’elle vivait.

Elle s’y sentait bien.

Souvent, elle recevait des cadeaux venant des laboratoires et des opticiens partenaires du cabinet. Cela la réconfortait beaucoup.

Là-bas, elle existait.

Depuis le dernier événement, son père était devenu intransigeant concernant les heures de retour d’Elisabeth.

C’était indiscutable : elle ne devait absolument plus rentrer après 00h00, sinon elle dormirait dehors.

Il avait décidé que, dorénavant, lui seul fermerait la porte de la maison à clé et qu’à partir de cet instant, personne d’autre ne l’ouvrirait.

La jeune femme veillait donc à ne pas enfreindre cette règle.

Ainsi, elle se protégeait elle-même.

Par conséquent, lorsqu’elle rentrait le soir, l’atmosphère était plutôt calme. Son père et sa benjamine l’ignoraient.

Elle pouvait tranquillement se servir à manger dans la cuisine.

Malgré ce qu’elle vivait, Elisabeth se sentait inébranlable.

Elle avait cette curieuse capacité à passer d’une émotion à une autre.

Elle ne voulait pas, et n’arrivait pas, à demeurer dans la tristesse.

Elle avait toujours tendance à relativiser en trouvant une raison pour justifier ce qu’on lui faisait.

Elle refoulait toutes ses émotions négatives.

Elle se sentait forte et s’efforçait de ne pas rendre le mal qu’on lui faisait.

Le mal ne devait jamais avoir raison d’elle.

Elle persévérait à parler avec sa petite sœur et son père, car elle les aimait.

Elle était constamment à la recherche du dialogue.

La douleur des mots était ponctuelle ; peu après, elle s’évaporait.

Du moins, c’est ce qu’Elisabeth essayait de se convaincre.

En réalité, elle entretenait une dépendance affective envers sa famille.

Elle continuait d’aller à la deuxième assemblée ; elle participait toujours aux différentes activités, se rendait utile quand il le fallait et continuait de parler avec le pasteur malgré son opposition à sa relation avec Thomas.

Un dimanche, en fin d’après-midi, son père réunit sa famille au salon pour une réunion.

Le sujet de cette réunion était : Elisabeth.

Il exposa une nouvelle fois le fait qu’elle refusait de revenir dans son église.

Il expliqua que cela nuisait au « bon déroulement de la maison », car Elisabeth n’avait pas « le même esprit qu’eux ».

Elle apportait donc un « feu étranger » et ce feu-là « perturbait ses prières ».

Il déclara aux membres présents que cela ne pouvait pas continuer, car il avait toujours veillé à ce que « toutes les portes spirituelles soient fermées ».

Par conséquent, depuis quelque temps, il subissait d’importantes attaques spirituelles.

Et si ces attaques arrivaient jusqu’à lui, cela signifiait forcément qu’un proche avait ouvert une porte.

Bien entendu, puisque Elisabeth n’était désormais « plus des leurs », elle avait donc ouvert une porte et donné accès aux démons afin qu’ils puissent attaquer son père.

Il déclara alors que si elle refusait de se conformer à sa volonté, elle devrait quitter le domicile familial.

Enfin, il s’adressa directement à elle.

Il lui dit qu’il avait été assez patient avec elle et qu’elle avait dépassé les bornes.

Qu’il ne pouvait plus la supporter et n’avait plus aucune considération à son égard.

Il ajouta qu’elle était une traîtresse et qu’une bonne chrétienne devait prendre soin des siens au lieu de les vendre.

Comme elle avait « changé de côté », il la renierait.

Personne ne dit mot.

Le silence régnait.

Les propos du chef de famille étaient, comme à son habitude, démesurés.

Il clôtura sa réunion en donnant une échéance à Elisabeth.

Il lui accorda un temps de réflexion.

Puis il termina par une prière dans laquelle il demanda à Dieu de toucher le cœur d’Elisabeth afin qu’elle puisse revenir à la raison…

— Merveille Grâce Lutete

Autrice