La Chronique d'Elisabeth - Partie 12

Partie 12
Lorsque le pasteur de la nouvelle assemblée (que l’on nommera la 2e Assemblée) sut ce qu’Elisabeth traversait, il fut profondément touché par sa situation et ressentit une certaine affection pour elle. Il se sentit immédiatement concerné, d’autant plus qu’il était lui-même père de famille.
En effet, Elisabeth paraissait vulnérable, fragile et très instable émotionnellement. Elle avait toujours été très attachée à son père, et cette situation l’avait complètement bouleversée.
Elle ne bénéficiait pas du soutien de ses sœurs, et sa mère refusait de se positionner clairement. Elle était partagée entre Elisabeth et le père de ses enfants.
Tantôt elle prenait la défense d’Elisabeth, tantôt elle l’accablait de la même manière que son père. Il lui arrivait même d’avoir des propos très durs à son égard. De ce fait, Elisabeth ne lui faisait plus confiance.
Elle en voulait à sa mère de ne pas prendre clairement parti. Elle lui reprochait de subir elle-même de nombreuses injustices et humiliations de la part de son père sans jamais réagir. Sa mère manifestait une forme de soumission excessive, mêlée de crainte… Elisabeth n’arrivait pas à décrypter son attitude.
Une chose était certaine : son père exerçait une véritable emprise sur sa mère.
Elisabeth était la seule à oser lui tenir tête et lui résister. Et cela, il ne le supportait pas.
Il interprétait son attitude comme de la rébellion et de la désobéissance.
Le pasteur de la 2e Assemblée se montrait compréhensif envers Elisabeth, veillant à ne pas la brusquer davantage.
Il cherchait avant tout à gagner sa confiance, ce qui n’était pas chose facile. Il lui prodiguait de nombreux conseils afin qu’elle puisse tenter d’apaiser la situation avec son père.
Fragilisée et profondément affectée, Elisabeth pleurait énormément. À la 2e Assemblée, on la voyait souvent en larmes. Hormis sa chambre, c’était le seul endroit où elle se sentait libre d’exprimer ses émotions. Pendant les cultes, elle déversait tout ce qu’elle portait en elle, ce qui lui permettait de se libérer, au moins un temps.
Lorsqu’elle parvenait à s’y rendre le dimanche, c’était un véritable soulagement.
Chaque semaine, Elisabeth faisait des pieds et des mains pour quitter le foyer familial. Elle vivait constamment sous pression, dans un climat de stress permanent. Pourtant, elle continuait à se rendre à l’église.
Par moments, elle avait envie de tout abandonner. Mais où irait-elle ? Que deviendrait-elle ?
Un jour, le pasteur de la 2e Assemblée lui proposa de venir passer un week-end chez lui, afin qu’elle puisse se reposer et prendre du recul.
Dans un premier temps, elle refusa. Cela lui semblait impossible : elle ne pouvait pas découcher. Que dirait-elle à ses parents ?
Puis, en y réfléchissant, une pensée traversa son esprit : « Pourquoi pas ? », puisqu’après tout, plus personne ne lui adressait réellement la parole.
Elle se rappela qu’elle était partie une semaine en Guadeloupe sans que sa famille ne s’en soucie véritablement. Alors, un week-end de plus ou de moins…
Le vendredi, après le travail, elle ne rentra pas chez elle et se rendit directement chez le pasteur.
Ce week-end-là marqua un tournant.
Le dimanche matin, pour la première fois, elle assista au culte du début à la fin.
Et ce jour-là, elle ne se rendit pas à l’église de son père.
— Merveille Grâce Lutete
Autrice