Réflexions

La Chronique d'Elisabeth - Partie 11

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La Chronique d'Elisabeth - Partie 11

Partie 11

À son retour de Guadeloupe, la vie d’Élisabeth se compliqua davantage.

La jeune femme était totalement mise à l’écart par sa famille.

Elle restait constamment dans sa chambre et évitait de se montrer.

Son père ne cessait de lui faire des remarques dès qu’elle prononçait un mot.

À la moindre erreur, aussi insignifiante soit-elle par exemple, laisser une assiette dans l’évier, ne pas descendre la poubelle avant minuit, ect. elle se faisait sévèrement reprendre.

Il ne faisait que la blâmer auprès de sa mère, se plaignant d’elle à longueur de journée.

Il la mettait en garde, lui répétant qu’elle avait tout intérêt à se ressaisir et à revenir servir, sans quoi il ferait de sa vie « un chaos ».

Élisabeth recevait quotidiennement des menaces, et celles-ci s’intensifiaient au fil des semaines.

Malgré tout, elle s’engagea progressivement dans sa nouvelle assemblée.

Au début, son père ignorait qu’elle s’y rendait.

Les cultes du dimanche, dans l’église de son père, débutaient à 12h.

Il quittait donc la maison vers 10h.

Or, dans sa nouvelle assemblée, les cultes commençaient à 10h.

Élisabeth attendait donc que son père parte pour sortir de sa chambre et se préparer.

Il était hors de question qu’ils se croisent le matin.

Cela la faisait arriver en retard à l’église.

La plupart du temps, elle entrait pendant le prêche, sous les regards tournés vers elle; une situation qu’elle trouvait profondément malaisante.

À peine le culte terminé, vers 13h, elle devait repartir en urgence pour se rendre à celui de son père et y faire acte de présence.

Le culte se terminant à 15h, Élisabeth arrivait généralement entre 13h45 et 14h15.

Aucune absence n’était tolérée.

Aucun des enfants du pasteur n’osait manquer un seul dimanche.

Mieux valait arriver en retard que ne pas venir du tout.

Elle continua ainsi pendant plusieurs semaines.

Mais cela ne dura pas.

Son père finit par comprendre qu’elle se rendait ailleurs le dimanche matin.

Il interrogea sa femme, puis la plus jeune.

Les retards répétés d’Élisabeth, ainsi que son apparence, finirent par éveiller ses soupçons.

Un dimanche, Élisabeth arriva vers 14h30.

Lorsqu’elle ouvrit la porte de la salle de culte, son père posa les yeux sur elle et déclara, du haut de la chaire, dans sa langue maternelle :

« Tu as de la chance.

Je regardais l’heure passer… et je commençais déjà à réfléchir à ce que j’allais te faire en rentrant si tu n’étais pas venue. »

Puis, se tournant vers l’assemblée, il ajouta qu’Élisabeth était sans vergogne, qu’elle lui faisait honte en allant prier ailleurs, et en faisant semblant d’assister à ce culte ensuite.

Humiliée publiquement, Élisabeth resta silencieuse.

En fin d’après-midi, de retour à la maison, son père appela Élisabeth, sa petite sœur et leur mère dans le salon.

Il leur ordonna de s’asseoir.

Puis, les prenant à témoin, il déclara d’un ton ferme :

Si Élisabeth n’exécutait pas ses ordres, il ferait de sa vie « un chaos ».

Tels étaient ses mots.

Elisabeth était abattue. Il allait trop loin. Tout cela devenait absurde.

Son père se disqualifiait de plus en plus.

Ses agissements et ses paroles étaient inappropriés avec le statut qu’il se donnait.

De plus, cette fâcheuse habitude de tout exposer à l’église, elle n’appréciait pas du tout cela. C’était toujours comme ça : ce qui se passait dans le foyer familial devenait sujet de prêche sur la chair. Il ne protégeait pas sa famille. C’était un constat parmi tant d’autres qu’Elisabeth avait relevé depuis 2014. C’était l’une des raisons pour lesquelles elle ne voulait pas y retourner.

Malgré que tout le monde étaient remonté contre elle, Elisabeth forçait la conversation avec sa mère de temps à autre. Cette dernière lui dit qu’elle avait tout intérêt à obéir et à revenir. Elle ajouta qu’Elisabeth devait impérativement arrêter de provoquer son père car elle ignorait dans quel pétrin elle se mettait.

Mais ce que sa mère ne saisissait pas c’était que Elisabeth n’était pas du tout dans une optique de provocation ou de rébellion.

Absolument pas.

Ces sentiments là n’étaient pas dans son cœur.

Elisabeth était très sincère dans sa démarche et se plaisait dans sa nouvelle assemblée.

Elle y était bien enseigné et avait l’impression d’entendre un autre Évangile.

Depuis son baptême, Elisabeth avait soif et cette soif n’était pas étanchée.

Elisabeth avait besoin d’être enseigné, encadré car elle désirait vraiment fructifier sa foi.

C’est ce que son père avait toujours voulu pour elle, alors elle ne comprenait pas pourquoi il l’a persécutait autant, quand bien même ce n’était pas auprès de lui qu’elle grandissait spirituellement.

Et puis, tout cela n’était pas de sa faute : il ne cessait d’être imposant et autoritaire. Il ne parlait pas avec ses enfants.

C’est ce qu’Elisabeth essaiera de faire comprendre à sa mère.

Néanmoins, personne n’était de cet avis.

Elle devint l’ennemi premier de la maison.

Son papa bien-aimé se transformait.

Il était de plus en plus méchant. Il agissait envers elle comme si elle n’était pas son enfant.

Elisabeth ne le reconnaissait plus.

Il l’intriguait et elle le trouvait de plus en plus bizarre.

Il faisait peur et elle en souffrait énormément.

Elle commença à accumuler blessure sur blessure…

Dans le même temps, le pasteur de sa nouvelle assemblée avait détecté la tristesse d’Elisabeth et son comportement expéditif lorsqu’elle y était. Il tentait depuis lors de se rapprocher d’elle, chose qu’Elisabeth fuyait car elle craignait de se confier. Avec le temps, elle commença à s’ouvrir à lui petit à petit. Cependant, elle gardait beaucoup de réserve.

— Merveille Grâce Lutete

Autrice