Réflexions

La Chronique d'Elisabeth - Partie 10

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La Chronique d'Elisabeth - Partie 10

Partie 10

Les derniers mois de 2016 ne se déroulèrent pas comme prévu pour Élisabeth.

Elle se rendait aux cultes de sa nouvelle église tous les mardis soirs, en cachette.

Aucun membre de sa famille n’était au courant.

Plus elle y allait, mieux elle se sentait.

Là-bas, les gens s’intéressaient à elle et la mettaient à l’aise.

Enfin, Élisabeth existait aux yeux du monde.

Elle se sentait bien et avait moins peur.

Petit à petit, son sentiment de culpabilité la quittait.

Elle ne servait plus à l’église de son père, mais continuait de s’y rendre les dimanches par obligation.

Lassée de faire semblant, Élisabeth ne se précipitait plus pour y être à l’heure.

Au sein de la famille, c’était le chaos.

Le domicile familial était devenu un simple lieu de cohabitation.

Mais Élisabeth n’appréciait pas cette atmosphère et souffrait énormément que personne ne le voie.

Elle finit par se renfermer sur elle-même.

Son père ne lui adressait la parole que pour la réprimander et ne cessait de la menacer de la faire revenir à l’église.

Malheureusement pour lui, le rapport de force ne fonctionnait pas avec Élisabeth : plus il se montrait dur et méchant, plus elle s’éloignait de lui.

Plus il faisait pression, plus il perdait en crédibilité à ses yeux.

En décembre 2016, Élisabeth passa quelques jours en Alsace, chez la tante de son père, pour les vacances de Noël.

Elle s’y rendit avec sa sœur, son mari et l’une de ses cousines.

Élisabeth avait l’habitude d’y passer ses vacances scolaires depuis ses six ans.

Elle entretenait une très belle complicité avec sa mamie; elles s’aimaient beaucoup.

Mais cette fois-ci, ces vacances de Noël furent différentes.

Elles se passèrent très mal.

Sa mamie se montrait distante à son égard.

Sa cousine, avec qui elle avait grandi, adoptait elle aussi un comportement étrange envers elle.

Élisabeth se sentait « de trop » durant le séjour.

Comme chez elle, les membres de sa famille étaient froids et distants.

La jeune femme avait l’impression de déranger, de forcer les liens.

De nature joviale, drôle et spontanée, elle se renferma au fil des jours.

Elle qui aimait sa famille plus que tout se sentait désormais rejetée, négligée.

L’enfant autrefois désirée de tous était devenue invisible.

S’étaient-ils passé le mot ?

Tout se lisait dans les attitudes, les regards, les gestes…

Élisabeth ne comprenait pas ces changements brutaux et soudains.

Tout cela la blessa profondément.

Elle tenta de partager son ressenti avec sa grande sœur, qui n’y prêta pas attention.

Élisabeth regretta d’être venue passer ses vacances en Alsace.

En rentrant, elle se jura que ce serait la dernière fois qu’elle y retournerait.

Après tout, elle avait grandi. Elle n’était plus la petite fille adorée.

Élisabeth remit alors en question sa foi et sa vie après son baptême.

Accepter Christ comme Seigneur et Sauveur n’était pas aussi simple et beau qu’on le lui avait dit.

Elle n’imaginait pas les choses ainsi.

En janvier 2017, Élisabeth partit en voyage en Guadeloupe.

C’était un voyage qu’elle préparait depuis des mois ; cela ne posa donc aucun problème à ses parents.

Cependant, le jour du départ, Élisabeth fut profondément attristée :

personne ne fit l’effort de lui dire au revoir.

Cela la blessa au plus profond de son cœur, mais elle garda tout pour elle.

Elle quitta la maison très tôt le matin.

Il faisait encore nuit, la température affichait -7 degrés et la neige recouvrait tout.

Elle aurait aimé être considérée, accompagnée à l’aéroport.

Elle partait tout de même de l’autre côté de l’Atlantique…

Élisabeth prit finalement un Uber et tomba sur un chauffeur aimable qui l’y conduisit et l’aida avec ses bagages.

Malgré sa tristesse, elle prit la peine d’envoyer un message à sa mère avant d’embarquer.

C’est dans cet état de solitude et de chagrin qu’elle prit son vol pour la Guadeloupe.

C’est alors qu’Élisabeth prit une décision :

à son retour, elle quitterait officiellement l’église de son père.

Elle n’y retournerait plus le dimanche.

Puisqu’elle n’existait plus à ses yeux, elle décida de disparaître réellement.

Blessée, Élisabeth souffrait profondément de ce manque de considération.

Elle ne demandait qu’une chose : parler avec son père. Rien de plus.

Comment un père pouvait-il être aussi obstiné et refuser de dialoguer avec sa propre fille ?

Le cœur lourd, Élisabeth se posa une dernière question :

Sommes-nous obligés d’en arriver là ?

— Merveille Grâce Lutete

Autrice