CHRONIQUE 42 jours en réanimation - jour 8 à 12

JOUR 8 À 12
Du mercredi 8 Septembre au Dimanche 12 Septembre 2021
- Mercredi 8 septembre 2021
Voici deux jours que ma mère est intubée et plongée dans un coma artificiel.
Malgré cela, je me rends à l’hôpital.
Je continue à faire ce que j’ai toujours fait : réserver mon heure de passage et venir prier pour elle.
Même endormie, j’appelais le pasteur, je mettais le haut-parleur près de son oreille, volume bas et il priait.
Je lui parlais constamment.
Je lui chantais des chansons.
Je la massais.
C’était si difficile. Si éprouvant.
Une infirmière m’encourageait en me disant de ne jamais m’arrêter. Elle m’expliquait qu’il était scientifiquement prouvé que les patients dans le coma se réveillent plus rapidement lorsqu’ils perçoivent une présence et entendent une voix familière.
Je restais longtemps à la regarder.
Je lui prenais la main.
Je lui faisais sa toilette.
Je vérifiais chaque perfusion. Je demandais au personnel médical ce qu’on lui injectait. Je prenais des photos des écrans et demandais à Jennifer de me traduire lorsque je ne comprenais pas certains termes.
Je voulais tout savoir. Ne rien ignorer.
J’appelais matin et soir pour savoir comment elle avait dormi, si elle récupérait correctement.
Je pouvais sembler agaçante auprès du personnel soignant, mais cela m’importait peu.
Je pense qu’ils comprenaient.
Je craignais qu’elle ne se réveille pas.
Je craignais que son état ne se dégrade.
Lorsque je quittais son box, j’étais anéantie.
Je criais seule dans ma voiture. Je devenais hystérique.
Je ne comprenais pas ce qui nous arrivait, ni pourquoi nous traversions une période aussi difficile… mais je finirai par comprendre.
Après certaines visites, je restais longtemps sur le parking de l’hôpital ou du McDonald’s en face, incapable de conduire.
Voir ma mère dans cet état, jour après jour, me détruisait intérieurement, lentement.
J’avais besoin qu’on me parle.
Qu’on me rassure.
Qu’on m’apaise.
Qu’on reste avec moi.
Mais j’étais seule.
Un soir, totalement anéantie, je me suis endormie dans ma voiture jusqu’à 5h du matin.
Je me sentais faible. Consumée.
Comme un robot.
Parfois, j’arrivais et je trouvais ma mère allongée sur le ventre, car elle avait des difficultés au niveau des alvéoles pulmonaires.
Cela me fendait le cœur. Alors je repositionnais délicatement sa tête pour qu’elle n’ait pas mal à la nuque.
J’arrangeais ses membres, sa bouche.
Je voulais que tout soit parfait.
Je rappelais sans cesse aux infirmiers de faire attention lorsqu’ils la retournaient.
Puisqu’elle ne pouvait plus parler, j’étais encore plus vigilante.
J’observais tout, dans les moindres détails.
Un jour, j’aperçois un énorme hématome au milieu de son bras gauche.
Son bras était gonflé.
Je me rends immédiatement au bureau des infirmiers pour comprendre ce qu’il s’était passé : un vaisseau avait-il éclaté ?
Un autre jour, j’observe que sa peau est arrachée au niveau de la cuisse. On voyait la chair rose, comme une brûlure.
Je demande des explications.
Je prends des photos.
J’étais consciente que beaucoup de choses peuvent se produire à l’hôpital.
C’est un milieu qui ne m’inspire aucune confiance.
Même si le personnel semblait compétent et bienveillant, la prudence restait de mise.
Je prêtais attention à tout.
À chaque geste.
À chaque produit administré.
À chaque chiffre affiché sur les écrans.
- Vendredi 10 septembre
La sédation est levée.
Ma mère est remise en décubitus dorsal.
Le processus de réveil est lancé progressivement.
- Dimanche 12 septembre, 15h45.
13e jour en réanimation.
Carole, l’infirmière, m’informe que ma maman se réveille doucement.
Dans la nuit du samedi au dimanche, elle a commencé à avoir ses premiers réflexes.
Sous les effets résiduels des sédatifs, elle semble très fatiguée.
Lorsque je prends sa main, elle bouge les doigts.
Elle cligne des yeux, bien que toujours fermés.
Au fond de moi, je murmure :
« Seigneur, quel bonheur. »
Elle sent ses membres lourds.
Mais une chose est sûre : elle m’entend.
Elle est toujours intubée. Il faut un réveil complet afin qu’elle récupère totalement sa respiration et le contrôle de ses poumons.
30 % d’apport en oxygène.
C’est déjà une victoire.
L’intubation lui a permis de récupérer.
Mais malheureusement, son réveil sera très difficile à vivre pour elle…
Malgré tout, j’étais profondément reconnaissante envers le personnel médical pour leur investissement auprès de ma maman.
Pour les remercier, je leur ai apporté une boîte de beignets qu’ils ont partagée ensemble.
— Merveille Grâce Lutete
Autrice