CHRONIQUE 42 jours en réanimation - jour 7

JOUR 7
Mardi 7 septembre 2021
Cette fameuse journée du 7 septembre 2021 est l’une des plus difficiles à raconter.
Mon estomac est noué ; toutefois, je puis tout par Celui qui me fortifie.
La veille, mon père, admis depuis le 1er septembre au service de médecine intensive, était sorti de l’hôpital avec un lourd traitement. Il était affaibli et avait beaucoup maigri.
Puisque j’avais la charge de m’occuper de Maman, mes sœurs, de leur côté, prenaient soin de Papa.
Comme expliqué précédemment, chaque matin j’appelais l’hôpital pour avoir des nouvelles de ma mère. J’appelais généralement entre 9 heures et 11 heures.
Durant cette tranche horaire, les malades recevaient leurs soins, leurs massages, leurs séances de kinésithérapie, leurs examens, etc.
Les médecins passaient dans chaque chambre : on appelait cela « la tournée ».
Ce matin-là, j’appelai à l’hôpital. Le téléphone sonna longuement. Je patientais avec cette fameuse mélodie… Une mélodie que je n’oublierai jamais.
Il arrivait même parfois qu’elle résonne dans ma tête sans y être invitée.
J’attendais, j’attendais. Je raccrochais, je rappelais.
J’ai finalement eu une infirmière à l’autre bout du fil et elle me dit :
« L’infirmière qui s’occupe de votre maman est en tournée. Il faut rappeler à 10 h 30. »
Aux alentours de 10 h 30, j’ai donc rappelé. Même scénario.
Finalement, on m’expliqua qu’un médecin me rappellerait afin d’échanger avec moi.
Quand un(e) infirmier(e) délègue un médecin, ce n’est pas bon signe.
J’attendais donc cet appel avec impatience, angoisse et stress… La boule au ventre…
En parallèle, je recevais les appels de mon père, les textos de ma sœur… pour avoir des nouvelles comme chaque matin.
Aux alentours de 12h, le médecin m’appela.
À l’instant où je reçus son appel, je fus prise de panique. Mon corps tremblait.
Initialement, je n’avais de contact qu’avec les infirmier(e)s… je n’avais pas d’interaction avec les médecins.
Et je savais pertinemment que si le médecin m’appelait, cela ne présageait rien de bon.
Mon estomac se noua, je fus envahie d’un stress total, et je me rendis directement aux toilettes.
Je décrochai le téléphone et bombardai le médecin de questions. Elle me répondit :
« Calmez-vous, calmez-vous. »
Je tentai de l’écouter… Elle m’expliqua que l’état de santé de ma mère s’était dégradé durant la nuit et que son taux d’apport en oxygène avait considérablement augmenté.
Ma mère avait de plus en plus de mal à respirer ; elle fournissait de grands efforts et avait atteint la limite maximale de son apport en oxygène. Il fallait donc la plonger dans le coma afin qu’elle puisse récupérer sans être dans l’inconfort.
Il est important de noter que son traitement contre la pneumopathie était incompatible avec le diabète, ce qui a provoqué des dommages qui n’auraient jamais dû arriver. Son sang ne circulait plus correctement au niveau de sa main gauche, à cause d’un manque d’oxygénation.
Je compris alors cette couleur noir-verdâtre au niveau de l’index de ma mère, qui ne recevait plus assez d’oxygène. On m’expliqua qu’elle allait être opérée du doigt afin de retirer les petits caillots qui provoquaient ces fourmillements.
Ils profiteraient donc de cette intervention chirurgicale pour l’endormir et l’intuber.
À l’instant où j’entendis le mot « intubation », mon monde s’écroula.
J’interrompis le médecin pour lui dire de tout faire pour que ma mère ne soit pas intubée… C’était hors de question.
Cette situation me mit hors de moi, car ils avaient planifié quelque chose sans m’avertir et sans mon accord. Je refusais qu’elle entre au bloc sans moi. Je me suis imposée, et elle finit par accepter de m’attendre avant de faire entrer ma mère au bloc.
Le médecin me demanda alors dans combien de temps j’arriverais. Je lui répondis :
« 20 minutes. »
Je pris la voiture et me rendis à l’hôpital à toute vitesse.
À mon arrivée, je ne cherchais ni blouse, ni masque, ni bonnet. Je voulais simplement voir ma mère.
En entrant dans sa chambre, je vis un nombre incalculable de personnes autour d’elle : infirmiers, médecins, chirurgiens…
Il y avait un calme…
Et je trouvai ma mère avec un gros masque sur le visage.
Nos regards se croisèrent.
Je vis dans ses yeux qu’elle avait pleuré.
J’avançai vers elle, lui pris la main et lui dis :
« Maman, je suis là, je suis avec toi… ça va bien se passer. »
Elle hocha la tête.
Et on m’expulsa de la pièce.
Je m’écroulai.
Je me mis à crier et à pleurer dans le couloir de la réanimation. Le médecin me prit et m’emmena en salle d’attente, tout en essayant de me calmer et de me rassurer.
Je lui posai un tas de questions :
Combien de temps cela va-t-il durer ?
Est-ce qu’elle va se réveiller ?
Pouvez-vous me promettre qu’elle va se réveiller ?
Aura-t-elle mal ?
Combien de tuyaux allez-vous lui mettre ?
Elle me rassura, m’expliqua en détail. Elle me conseilla de rentrer et d’appeler quelqu’un afin de ne pas rester seule.
J’appelai mes sœurs… mais je refusais de rentrer, car je voulais être au courant de tout.
Le médecin me promit de m’appeler dès que ma mère se réveillerait.
Alors je finis par rentrer chez Magalie et j’appelai le petit frère du pasteur Douglas, qui m’exhorta et m’encouragea longuement.
Je n’avais aucune force pour prier.
J’attendais simplement l’appel de l’hôpital.
Vers 17 heures, je reçus enfin un appel.
C’était un médecin congolais. Il me dit que ma mère allait bien et que l’opération s’était bien passée. Néanmoins, elle avait été plongée dans le coma afin de récupérer.
Il me parla avec douceur, comme un père à son enfant.
Je lui demandai s’il était possible que je vienne à l’hôpital.
Il me répondit : « Oui. »
Je pris donc la route en direction de l’hôpital.
Le choc.
Je vis ma mère intubée, branchée, allongée sur le dos. Impossible d’interagir avec elle.
Je ne saurais décrire l’état d’esprit dans lequel j’étais, car il faut le vivre pour le comprendre.
Je n’ai plus aucun souvenir de ce que je fis à cet instant…
C’est le trou noir.
— Merveille Grâce Lutete
Autrice