Témoignages

CHRONIQUE 42 jours en réanimation - jour 6

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CHRONIQUE 42 jours en réanimation - jour 6

JOUR 6

Lundi 6 Septembre 


C’est maintenant que nous entrons dans le vif du cauchemar.


À cette période, j’étais en congé afin de me rapprocher de l’hôpital et de me sentir moins seule. Je suis restée quelques jours chez une sœur de l’église, Magalie.


Je ressentais le besoin d’être soutenue dans la prière. J’avais également besoin de réconfort. Il m’était devenu impossible de dormir seule.


Je ne mangeais presque plus et je commençais à perdre énormément de poids.


Ce jour-là, j’arrivai à l’hôpital en début d’après-midi.


Il est important de préciser que ma mère était diabétique. Lorsqu’une personne atteinte de diabète attrape le Covid, cela peut s’avérer très compliqué, car certains traitements peuvent déséquilibrer la glycémie.


C’est ainsi que les problèmes ont commencé à se manifester.


Au début, nous ne comprenions pas.


Depuis le début de son traitement, ma mère se plaignait de douleurs à la main gauche. D’abord la main, puis les doigts… ensuite les phalanges de cette même main.


Elle me demandait sans cesse de lui masser le bout des doigts. La douleur était si intense qu’elle l’empêchait de dormir.


Je ne comprenais vraiment pas.


À mon arrivée ce jour-là, Maman tirait la tronche. Instantanément, mon cœur s’emballa.


Elle m’expliqua alors l’intensité de sa douleur, principalement localisée au niveau de l’index. Une douleur atroce, insupportable.


Lorsque je regardai son doigt, il était vert et noir, comme s’il commençait à se nécroser.


J’appuyai immédiatement sur le bouton d’alerte pour demander à une infirmière de lui administrer un calmant dans la perfusion afin d’apaiser sa douleur.


Je ne supportais pas de voir ma mère souffrir.

Je me sentais si impuissante.

J’aurais préféré prendre sa place… C’était insoutenable.


L’infirmière m’expliqua que cela était lié au diabète. De plus, chaque matin, on la piquait sur cette main, ce qui n’arrangeait rien.


Je me suis mise à la masser. 

Je lui ai appliqué du froid.

Je fis tout mon possible pour la soulager.


Le constat médical révéla des fourmillements dans les trois premiers doigts de la main gauche. Le cathéter artériel fut changé et une échographie Doppler fut réalisée. Elle montra la persistance d’un flux radial et ulnaire jusqu’au poignet.

Le diabète fragilise énormément les petits vaisseaux sanguins.

Et le Covid, en plus, peut provoquer des troubles de la coagulation et des micro-caillots.


Les deux ensemble… c’est une combinaison très difficile pour les extrémités comme les doigts.


Malgré cela, elle développa une ischémie des phalanges distales du pouce et de l’index gauche. D’où cette douleur atroce.


Cet après-midi-là, je suis restée si longtemps auprès d’elle qu’une infirmière dut venir me chercher pour me dire qu’il était temps de partir. On m’alerta également sur le fait de la laisser se reposer et de ne pas trop la faire parler, car cela pouvait la fatiguer.


En effet, elle n’avait pas le droit de faire d’efforts ni de trop s’exprimer, car elle s’essoufflait très vite. Je lui demandais régulièrement de faire des pauses.


Mais lorsque j’arrivais dans son box, elle ne savait pas se contenir. Elle parlait, encore et encore, malgré les pauses que je tentais de lui imposer.


Je la comprenais…


Elle était seule.

En souffrance.

Et privée de lumière du jour.

— Merveille Grâce Lutete

Autrice