Témoignages

CHRONIQUE 42 jours en réanimation - jour 5

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CHRONIQUE 42 jours en réanimation - jour 5

JOUR 5

La réanimation et ses protocoles

Pour le jour 5 de cette chronique, il m’a semblé important de pouvoir vous plonger dans la réalité dans laquelle je vivais afin que vous puissiez comprendre la suite des événements.

Chaque matin entre 8h et 11h, j'avais pour habitude d'appeler le service de réanimation dans le but d’avoir des nouvelles de Maman.

Je posais un milliard de questions, car j’avais besoin de TOUT savoir en ce qui concernait l’état de santé de ma mère :

- Quel(le) infirmier(e) était de nuit et de jour ?

- Comment avait-elle dormi ?

- Avait-elle mangé ?

- Avait-elle eu une/des détresse(s) respiratoire ou des crises d'angoisse ? (Il arrivait parfois que ma mère me cachait ces choses, de peur que je m’inquiète)

- Comment s'était passée la nuit ?

- Son taux d'apport d'oxygène ?

- À quelle heure était sa séance de kiné ? etc.

Et je demandais surtout l’heure à laquelle je pouvais me rendre à l’hôpital.

Le service de réanimation se trouvait au 1er étage de l'hôpital.

Lorsque j'arrivais, les premiers jours, je sonnais à l'interphone (qui donne à l'accueil du service), je m'annonçai et un(e) infirmier(e)) venait me chercher.

Mais avec le temps, étant donné que j'y étais tous les jours, une certaine confiance s'est créée entre le personnel soignant et moi. Il suffisait que je sonne, que je donne mon prénom et on m’ouvrait directement la porte. J'avais le droit de me diriger dans la chambre de ma mère, seule, sans un membre du personnel soignant.

Tout le monde me connaissait. Le personnel de jour comme le personnel de nuit.

De plus, ma mère était très appréciée.

Avant de rentrer dans son box, je devais me laver les mains, les désinfecter, mettre un bonnet sur ma tête pour couvrir mes cheveux, mettre une combinaison et un masque.

Je détestais mettre mon masque car cela m’empêchait de faire un bisou à ma mère…

Mais, je reconnais qu’une fois avec elle je le retirais.

Une des consignes en réanimation était la suivante : Aucun élément extérieur ne doit accéder dans la chambre du malade.

Malgré cela, j’ai tout de même pu réussir à lui apporter les choses qu’elle me demandait car cela me semblait important pour son confort personnel.

À mon sens, ses désirs étaient des ordres, si cela lui permettait de se sentir mieux alors rien ne me paraissait impossible… Son confort passait avant tout et était au-dessus de toute consigne.

C’était assez facile pour moi car j’avais un libre accès au service. De plus, ce qui a également joué en notre faveur, c’est le fait que ma mère n’était plus contagieuse.

Etant une femme très coquette, elle avait besoin de ses petits produits de toilette.

Ne souhaitant pas boire l’eau de l’hôpital, il était de mon devoir de lui apporter des bouteilles d’eau.

Puis j’avais aussi pris des livres, un petit coussin, des claquettes, une enceinte pour qu’elle écoute de la musique… Cette dernière n’a duré que 24 heures au sein de l’hôpital.

Quelques jours avant qu'elle ne replonge dans le coma duquel elle ne se réveillera pas… Elle me demanda de lui ramener une lame et de la mousse dépilatoire afin que je lui épile les jambes… Je lui répondis : « Waah Mams t'abuses wesh qui te voit ici?! »

Néanmoins, j’étais extrêmement admirative de voir ma mère rester fidèle à elle-même et authentique malgré toutes les souffrances qu’elle endurait.

Je tiens à souligner l’une des choses qui m'a fait énormément souffrir lors de son séjour à l'hôpital, c’est que ma mère n'avait pas de fenêtre dans son box.

Le couloir de la réa où elle se trouvait était composé de 6 boxes et le sien était le seul qui ne contenait pas de fenêtre. Dans mon for intérieur je me disais : “Il fallait que ça tombe sur elle” . C'était une situation horrible à vivre puisque à chacune de mes arrivées elle me demandait s'il faisait beau, s'il pleuvait, les degrés de température etc. Cela me brisait le cœur… en y repensant… je réalise à quel point ma mère a souffert.

Enfin, lorsque ma visite était terminée, je retournais à l'accueil pour annoncer mon heure d'arrivée du lendemain.

Chaque séparation était cruelle pour ma mère et moi. On ne se le disait pas mais nos regards parlaient d'eux-mêmes : « Et si je ne la revoyais pas le lendemain... »

— Merveille Grâce Lutete

Autrice