Témoignages

CHRONIQUE 42 jours en réanimation - jour 4

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CHRONIQUE 42 jours en réanimation - jour 4

JOUR 4

Jeudi 2 Septembre 2021


Il est entre 3h et 4h du matin.

Mon téléphone sonne.


Je me réveille en sursaut.

C’est maman.

Elle pleure. Elle panique. Elle est terrifiée.


« Merveille… ma respiration ne va pas bien… L’oxygène ne fait qu’augmenter…

Merveille, j’ai peur. Je ne veux pas mourir…

Ils ont dit que ça ne s’arrangeait pas… »

Elle répète ces phrases encore et encore.


À l’intérieur de moi, tout s’effondre.

Je me dis : Seigneur… c’est pour m’achever.

Je vis seule à Paris.

Ma mère est hospitalisée, seule, à l’autre bout de l’Île-de-France, en Seine-et-Marne.


Sa voix.

Ses pleurs.

Je perds le contrôle. 

Je tremble. Mes dents claquent. Une douleur violente me tord le ventre. Je cours aux toilettes. Je suis incontrôlable.

J’essaie de la rassurer avec mes mots fragiles :


« Maman, s’il te plaît… calme-toi… je suis là… écoute-moi… arrête de pleurer, je t’en supplie… »

Mais la panique l’empêche de m’entendre.


Je lui propose d’appeler une infirmière.

Elle refuse.


(La réanimation est un lieu terrifiant.

Les machines. Les bruits. Les branchements. La solitude.

Si vous n’avez pas le mental solide, cela peut vous briser.

Dans ces moments-là, l’entourage est vital. Et la foi… indispensable.)


À un moment, plus aucun mot ne sort de ma bouche.

Je bégaye. Je tremble. Je ne tiens plus.

Je comprends que je dois passer le relais.

J’appelle un frère de l’église. Pas de réponse.

J’appelle mon pasteur. Répondeur.


Il est 4h du matin.

Un téléphone dans chaque main. (Mon téléphone personnel et mon téléphone professionnel.)

Au bout du fil, ma mère en détresse.


Soudain, je me souviens :

Jennifer et Jérémie ont un temps de prière nocturne.

J’appelle.

Jennifer décroche.

Je n’ai même pas besoin d’expliquer.

Ils se mettent immédiatement à intercéder.


Ils prennent le relais.

Moi, je suis simplement… dévastée.


Je préviens maman que Jennifer va l’appeler et qu’elle doit raccrocher.


Ils prient avec elle.

Ils restent.

Ils parlent.

Ils l’apaisent.


À 5h45, ils me rappellent : elle va mieux.


Je rappelle maman.

On parle. Je lui change les idées.

Puis je lui dis :

« Il faut que tu sois forte mentalement.

Tu as bien fait de m’appeler.

Quand tu n’y arrives plus, décharge-toi sur moi.

Tu n’es pas seule.

Ta souffrance, c’est la mienne.

On est ensemble.

On est rentrées ensemble.

On va sortir ensemble.

On ne se lâche pas. »


Ces mots sont devenus notre slogan.

Notre signature quotidienne.

Même lorsqu’elle était dans le coma, je continuais à le lui répéter.

Parce que j’étais persuadée qu’elle m’entendait.

— Merveille Grâce Lutete

Autrice