Témoignages

CHRONIQUE 42 jours en réanimation - jour 39

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CHRONIQUE 42 jours en réanimation - jour 39

JOUR 39

Samedi 9 octobre

La veille, le vendredi soir, je me rendis dans l’appartement familial.

Je m’étais posée dans le salon.

Aux alentours de 22h, je reçus un appel de l’hôpital, ce qui me fit sursauter.

Mon père dormait.

Paniquée, je m’en allai dans la cuisine pour décrocher, afin qu’on ne puisse pas m’entendre.

Au bout du fil, c’était un médecin.

Il se présenta et me fit un bilan de la situation de ma mère.

Je commençais à avoir des vertiges et je sentais que je n’allais pas tenir.

Subitement, je l’interrompis en lui disant :

« Attendez, Monsieur ! Il est préférable que je vous passe mon père ! »

Tout en chancelant, je me rendis dans la chambre de mes parents, réveillai mon père brusquement en lui disant :

« Papa, papa, prends le téléphone, c’est l’hôpital… Moi, je ne peux plus. »

Je me sentais vaciller.

Il se leva d’un bond et s’assit au bord du lit.

Il commença à écouter le médecin et je restai à côté.

Brusquement, il se leva, alla dans le salon, ouvrit la fenêtre et se mit à respirer fortement.

Je compris que ce que le médecin laissait entendre n’était vraiment pas bon.

En le voyant respirer de la sorte, je culpabilisai et je lui demandai de me rendre le téléphone.

Il refusa, et je me mis à hurler dans le salon.

Je voulais savoir ce que disait le médecin.

Je voyais que mon père ne parlait toujours pas et ne faisait qu’écouter.

Il se mit à trembler, me demanda de me calmer, prit une grande bouffée d’air et dit au médecin :

« Écoutez, Monsieur, nous sommes des croyants et nous prions. Nous croyons que Dieu peut faire quelque chose. S’il vous plaît, laissez-lui encore une semaine. »

Dès qu’il dit cela, je compris qu’on voulait débrancher ma mère.

Alors, je me mis à crier et à pleurer.

J’étais incontrôlable… et inconsolable.

Lorsqu’ils raccrochèrent, mon père refusa de me dire ce que le médecin lui avait dit.

J’insistai, il refusa catégoriquement et me dit sèchement en lingala :

« Arrête de pleurer ! Il faut prier ! »

Cette nuit-là, je ne fermai pas l’œil.

Le lendemain matin, j’appelai l’hôpital pour avoir des nouvelles de ma maman.

J’échangeai avec une infirmière qui me dit que la situation n’avait pas changé.

Je lui demandai de noter ma visite pour 17 h.

Nous étions samedi, et il y avait répétition à l’église.

J’avais besoin de me changer les idées, de voir autre chose, alors j’y suis allée.

Mon corps était présent, mais mon esprit, lui, complètement absent.

J’avais d’atroces moments d’absence.

J’étais comme un robot. J’agissais de manière mécanique…

Je fis mon arrivée à l’hôpital à 17 heures.

Ma mère était allongée sur le dos, partiellement éveillée, car je rappelle qu’on lui avait retiré les cathéters.

Cela signifiait qu’elle pouvait de nouveau entendre, malgré le fait qu’elle soit plongée dans le coma.

Son apport en oxygène avait encore été augmenté : il était désormais à 65 %.

Je vérifiai que tout allait bien sur son corps, puis je pris connaissance des écrans.

Sa tension était bonne, sa saturation aussi, et son rythme cardiaque également.

Je remerciai le Ciel.

— Merveille Grâce Lutete

Autrice