Témoignages

CHRONIQUE 42 jours en réanimation - jour 38

3 min de lecture
CHRONIQUE 42 jours en réanimation - jour 38

JOUR 38

Vendredi 8 octobre

Ce jour-là, je me rendis à l’hôpital, accompagnée de mon père. J’avais rendez-vous à 14h.

Ne voulant pas monter, mon père m’attendit sur le parking.

Je patientai une heure en salle d’attente, le temps qu’ils retirent les cathéters de ma mère, ce qui nécessitait un endormissement général.

Je rappelle que c’était sa troisième intubation.

À 15h, je pus enfin entrer dans sa chambre.

Étant donné que les cathéters avaient été retirés, il fallait augmenter son apport en oxygène, désormais à 55 %.

Malgré tout, elle avait quelques réflexes : elle clignait des yeux et bougeait les doigts de sa main droite. Ses muscles n’étaient plus bloqués. Cela me fit plaisir de la voir à nouveau réagir.

Sa tension avait tendance à baisser.

À mon avis, elle ressentait ma présence… peut-être que c’était ce qui la faisait faiblir.

Pour l’apaiser, je lui parlais, lui expliquais la situation, priais et chantais, dans l’espoir que sa tension se réajuste.

Je vérifiais constamment son état, surveillant son corps et les écrans : saturation, rythme cardiaque, tension, respiration, apport en oxygène.

Elle eut son temps de prière habituel avec Ya Théo.

Pour stabiliser sa tension, une infirmière lui mit une perfusion.

Lorsque je sentais qu’elle allait mieux, je lui parlai, lui lus le Psaume 91 et récitai le “Notre Père”.

Je lui promis de revenir le lendemain.

Ces 42 jours au service de réanimation m’ont beaucoup appris.

Ayant suivi une filière ST2S, beaucoup de termes médicaux ne m’étaient pas inconnus.

Étant observatrice et éveillée, le personnel médical ne pouvait pas me duper.

Le retrait des cathéters était une stratégie.

Refusant d’admettre que le processus de décès était entamé et que ma mère ne se réveillerait pas, ils ont probablement voulu accélérer les choses.

Ma mère était hospitalisée depuis plus d’un mois. Son état fut instable tout au long de son séjour, semblable à des montagnes russes.

Malgré une antibiothérapie adaptée et l’amélioration du syndrome inflammatoire, sa défaillance respiratoire ne s’améliorait pas.

Pour le personnel, la situation devenait très longue ; ma mère occupait un lit que d’autres auraient pu utiliser. Ils ne le disaient pas ouvertement, mais on pouvait le deviner.

J’avais pu observer ses poumons à l’aide des radios : très opaques, presque blancs. L’infection grignotait son espace pulmonaire.

À son entrée en réanimation, seules des tâches étaient visibles sur les images. Retirer les cathéters montrait qu’elle n’était plus capable de respirer correctement seule.

Le corps de ma mère était épuisé : très peu de muscles, respiration faible.

Ses poumons ne se contractaient plus comme il fallait, les échanges gazeux ne parvenaient plus à alimenter son corps.

Je reconnais que ma mère souffrait… énormément.

Entamer un processus de réveil n’aurait fait qu’augmenter sa souffrance. J’en étais pleinement consciente.

Malgré les dires du personnel médical, je refusais catégoriquement d’envisager un débranchement.

Ils décidèrent alors de retirer les cathéters.

À partir de ce moment-là, la fin était proche…

— Merveille Grâce Lutete

Autrice