CHRONIQUE 42 jours en réanimation - jour 36

Jour 36
Mercredi 6 octobre
J’avais rendez-vous à l’hôpital à 14h45.
À mon arrivée, la secrétaire de l’accueil m’informa qu’à la fin de la visite, les médecins souhaiteraient échanger avec moi.
Le taux d’apport d’oxygène de ma mère était toujours de 45%.
Plus tôt dans la matinée, on lui avait administré une nouvelle dose d’antibiotiques.
Nous avons eu un temps de prière avec Théo, puis notre moment à nous deux, et je me suis mise à la masser.
Après cela, je suis sortie de la chambre.
Puis deux médecins et une infirmière m’ont emmenée dans la salle des familles.
C’était la deuxième fois que je me rendais dans cette pièce, et je le savais : cela ne présageait rien de bon.
Mon cœur battait à une vitesse folle et mon corps se mit à trembler.
Ma gorge s’était asséchée instantanément.
Mais je ne laissais rien paraître.
Assise face à eux, ils commencèrent à faire le point depuis l’entrée à l’hôpital de ma maman.
Ils tentèrent de me faire prendre conscience de son état.
Ses poumons étaient très infectés, ce qui empêchait une bonne oxygénation de son sang.
Les échanges gazeux se faisaient difficilement.
Deux de ses phalanges ne recevaient plus de sang, car elles étaient nécrosées.
Les médecins me dirent qu’ils étaient arrivés au maximum des soins et de ce que la médecine pouvait lui apporter.
Je leur rappelai que, vendredi dernier, ma mère était à 65 % d’apport en oxygène et qu’elle était désormais à 45 %.
Et que, si cela n’était pas suffisant pour eux, cela restait pour moi un signe positif et encourageant : même si cela semblait long, elle récupérait tout de même.
Je décidais de m’accrocher aux signes positifs, aussi minimes soient-ils.
J’insistais sur le fait qu’elle était toujours en vie et qu’elle respirait encore.
Elle tenait sa tension seule et son rythme cardiaque était régulier.
C’était ce qui importait pour moi.
Je ne voulais rien savoir ni entendre d’autre.
J’ajoutai : « Elle va récupérer un maximum d’oxygène, les antibiotiques vont faire effet et elle va se réveiller ! »
Ils me regardèrent sans dire un mot, et je compris alors qu’ils ne voulaient pas me contredire.
Je leur demandai de la traiter comme un être humain à part entière, aussi longtemps qu’elle vivait, même si eux n’y croyaient plus.
Il s’agissait de ma mère, et cela ne devait absolument pas changer, même sur un lit d’hôpital.
Je négociai une visite familiale le lendemain pour mon père et mes sœurs à 13h.
Après cela, je retournai dans sa chambre et lui parlai à nouveau.
Je lui racontai tout ce que les médecins avaient dit. Tout.
Je lui dis alors :
« Maman, il faut impérativement que tu récupères un maximum d’oxygène, aujourd’hui, cette nuit et demain. »
Je voulais absolument que leur sagesse humaine soit confondue.
Mais ça, c’était ma volonté, mon désir à moi…
J’eus du mal à la quitter…
Je lui fis un bisou et m’en allai, le cœur lourd.
— Merveille Grâce Lutete
Autrice