CHRONIQUE 42 jours en réanimation - jour 31

JOUR 31
Vendredi 1er octobre
Ce matin-là, je me rendis au salon de coiffure pour enfin terminer ma tête que l’on avait commencé à coiffer le mardi.
À 11 h 52, je reçus un appel de l’hôpital.
Prise de panique, j’informai Madina, ma coiffeuse, qu’il fallait que je sorte immédiatement du salon afin de savoir ce qu’il se passait.
Madina était au courant de ma situation et me laissa sortir.
Je savais au fond de moi que si l’hôpital m’appelait, ce n’était pas forcément bon signe.
De plus, ma mère ne répondait pas à mes messages depuis le matin.
Le médecin m’informa que l’état de ma mère s’était fortement dégradé le matin même, suite à trois infections localisées au niveau de ses poumons.
Une était déjà traitée sous antibiotiques, mais ils avaient observé deux nouveaux germes. Puisque ma mère avait une infection aux poumons, elle était sujette à de possibles surinfections.
Elle avait également beaucoup de sécrétions qu’elle avait du mal à évacuer.
Il m’expliqua donc que ma mère avait une très forte fièvre et était en détresse respiratoire, et qu’il avait fallu la rebrancher et lui apporter une forte dose d’oxygène.
Je me mis à hausser le ton et à dire que cela n’était pas possible puisque la veille tout allait bien et qu’elle progressait dans sa rééducation.
Je demandai donc à parler avec Vincent, l’infirmier.
Mais ce dernier n’était malheureusement pas disponible, puisqu’il était l’heure de « la tournée ».
On me proposa donc de me rappeler lorsqu’il le serait.
Quelques minutes après, Vincent me rappela.
Je lui demandai donc des explications.
Il me raconta comment s’était passée la nuit et me dit que ma mère avait demandé à être rebranchée, car il lui était difficile de respirer.
Et dans son inconfort, elle avait même demandé qu’on l’endorme…
Cela me brisa le cœur.
Je retournai dans le salon et je dis à Madina qu’il fallait que je m’en aille.
Elle me dit qu’il ne restait pas beaucoup et qu’il fallait que je sois courageuse, qu’elle allait rapidement terminer.
Voyant ma détresse, elles se mirent finalement à trois sur ma tête afin de finir au plus vite.
Une fois la coiffure terminée, je me rendis à l’hôpital.
J’arrivai à 16 h 52.
On me fit attendre quelques instants en salle d’attente.
Puis Vincent, l’infirmier, arriva et m’emmena dans la salle des familles.
Le médecin souhaitait s’entretenir avec moi sur ce qu’il s’était passé.
Accompagné de l’infirmier, il me fit le bilan de la situation.
Les poumons de maman se surinfectaient, car il y avait eu beaucoup trop de sécrétions.
Ils m’expliquèrent alors qu’il avait dû y avoir un bouchon au niveau de ses poumons, ce qui aurait pu provoquer la détresse respiratoire.
Elle se serait tellement battue avec son corps que cela l’aurait épuisée, puis aurait causé une forte fièvre.
L’endormissement allait lui permettre de récupérer beaucoup plus rapidement, sans fournir d’efforts.
Ils me mirent tout de même en garde sur l’éventualité d’une « non-récupération », car ma mère avait beaucoup maigri.
Elle avait perdu beaucoup de muscles et ses poumons étaient très atteints.
À cause de la fièvre, elle avait un traitement pour sa tension, qui n’était pas vraiment bonne.
En revanche, son rythme cardiaque, lui, était correct.
À la fin de l’entretien, le médecin me dit :
« Par contre, cette fois-ci, elle est dans un coma intégral. Nous avons paralysé ses muscles, elle ne vous entendra donc pas. »
À cet instant précis, je m’effondrai.
Vincent m’emmena dans sa chambre et je tombai à son chevet.
Ce jour-là, je ne mis ni charlotte ni masque FFP2.
J’entrai dans la chambre telle que j’étais.
J’étais littéralement abattue.
J’appelai ma sœur, mon père, et ensuite ya Théo.
Je criais, je pleurais… j’étais inconsolable.
Ya Théo me dit :
« Viens à l’église, prends courage et viens à l’église. »
Je ne sais combien de temps je restai à terre… puis je finis par me lever et me mis à la regarder en lui disant :
« Maman… maman… maman, ne me fais pas ça… je t’en supplie, ne me fais pas ça… »
L’infirmier revint dans la chambre, essaya de me consoler et de me rassurer.
Il me dit de prendre ses lunettes, ses écouteurs, son chargeur et son téléphone.
Je lui demandai s’il me disait toute la vérité, je le suppliai de ne rien me cacher.
Finalement, il m’avoua qu’ils avaient peu d’espoir, car cela faisait plus d’un mois que maman était là et que son corps avait beaucoup trop souffert.
Avant de partir, je lui fis promettre de ne jamais la débrancher,
et que s’ils y pensaient un jour, de ne pas le faire sans mon consentement.
À partir de ce jour-là, je ne trouvai plus le sommeil.
Je me suis tout de même rendue à l’église, comme me le recommanda ya Théo.
Je n’ai aucune idée de comment je suis parvenue à conduire jusqu’à l’église.
Mais cette épreuve m’a appris une chose :
Dieu nous a dotés d’une capacité et d’une force que nous ignorons nous-mêmes.
À ce moment-là, ce n’était plus moi, car humainement parlant, c’était impossible.
À la fin du culte, le pasteur Teddy, ya Théo, le pasteur Douglas et sa fille m’accompagnèrent à Évry, chez ma sœur de l’église, Magalie.
Elle vint me récupérer en bas, car je ne tenais pas debout par moi-même.
Plus tard dans la soirée, après avoir repris un peu de courage, nous nous rendîmes chez moi pour récupérer quelques affaires…
— Merveille Grâce Lutete
Autrice