CHRONIQUE 42 jours en réanimation - jour 3

JOUR 3
Mercredi 1er septembre 2021
La veille, mardi 31 août 2021, entre 18h et 19h, ma mère est transférée au service de réanimation de l’hôpital de Melun.
Je reçois l’appel d’une infirmière.
Elle m’explique qu’en raison des règles sanitaires, une seule personne par famille est autorisée à rendre visite au patient en réanimation. Un seul et unique proche. Cette personne serait l’interlocutrice principale, tenue au secret concernant les informations médicales.
(Ce détail est fondamental pour comprendre la suite.)
Ma mère a choisi que ce soit moi.
Lorsque je reçois cet appel, je suis dans le salon de l’appartement familial, avec ma sœur et mon père. Je me mets à pleurer, à crier presque, en remerciant l’infirmière. C’est un immense soulagement. Malgré la gravité de la situation, je pourrai être auprès d’elle.
L’infirmière me donne alors les modalités des visites :
12h45 – Arrivée à l’hôpital de Melun
Les horaires sont stricts :
du lundi au dimanche, entre 13h et 20h, pour 30 minutes seulement.
Pourtant, durant les 42 jours qui suivront, le personnel soignant me permettra de rester des après-midis entières, parfois des soirées complètes, au chevet de ma mère. Une grâce que je n’oublierai jamais…
Cela fait environ 24 heures qu’elle est sous traitement antiviral.
Respiratoirement, elle est stable sous oxygénothérapie à haut débit nasal à 60 %.
À mon arrivée, elle me demande de convaincre mon père de venir également à l’hôpital. Nous parlons longuement.
Avant de partir, je lui fais promettre une chose :
ne rien me cacher.
Je voulais tout savoir. Absolument tout.
Chaque examen. Chaque geste médical. Chaque évolution.
À cette période, je suis en télétravail trois jours par semaine. Mais en rentrant de l’hôpital, je n’ai ni la force ni l’envie d’ouvrir un dossier. Les retards s’accumulent. Plus rien n’a d’importance.
Pendant ce temps, l’état de mon père se dégrade.
Lui qui ne toussait pas commence à ressentir des douleurs aux poumons. Il s’essouffle. Il perd énormément de poids. Il n’a plus de force.
Je tente de le raisonner :
« Maman a déjà les poumons infectés… Papa, pas vous deux, s’il te plaît. »
Il résiste. Il minimise.
Mais la réalité est là : il est à bout de souffle.
Mes sœurs et moi sommes épuisées. Nous dormons peu. Nous nous relayons jour et nuit pour les surveiller. Matin, midi, soir. Ils ont constamment besoin d’attention.
Puis vient ce que j’appelle un miracle.
De lui-même, mon père accepte enfin d’aller à l’hôpital.
Il faut savoir que mon père a une phobie profonde des hôpitaux. Une peur presque viscérale. Quelque chose d’assez répandu chez nous, Africains… Congolais plus précisément. Un phénomène difficile à expliquer.
Il nous demande d’appeler les pompiers.
Soulagement.
Mais les pompiers refusent d’intervenir : il a déjà refusé deux transports auparavant. Ils nous redirigent vers le SAMU, en précisant que l’attente sera plus longue.
Ma sœur appelle le SAMU.
En fin d’après-midi, ils arrivent avec un apport de 3 litres d’oxygène.
Papa est admis à l’hôpital de Melun, comme maman.
À la différence, il est encore contagieux donc admis en médecine intensive.
Nous rendons grâce à Dieu : ses poumons ne sont pas infectés.
Cependant, on lui diagnostique une embolie pulmonaire heureusement prise en charge rapidement.
— Merveille Grâce Lutete
Autrice