CHRONIQUE 42 jours en réanimation - jour 18

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CHRONIQUE 42 jours en réanimation - jour 18

JOUR 18

Samedi 18 septembre 2021

19 h 07, j’arrive à l’hôpital.

Vincent, l’infirmier, me dit qu’ils ont arrêté les médicaments qui maintenaient ma mère endormie.

Elle est donc en phase de réveil progressif.

Allongée sur le dos, avec un apport de 35 % d’oxygène grâce à un respirateur, ma mère est K.O.

Ses yeux sont fermés, mais ses paupières bougent.

Elle m’entend et sait que je suis là.

Ses lèvres sont toutes sèches et commencent à avoir de petites blessures.

Je la sens irritée.

Je décide donc de lui humidifier la bouche à l’aide d’un coton mouillé, puis je lui applique du beurre de karité sur les lèvres.

Ensuite, je me mets à prier, à lui parler et à lui chanter des louanges tout en lui massant les mains, les pieds et les hématomes qu’elle a aux bras.

Avec la trachéotomie, elle n’avait plus de conduit qui passait par sa bouche ni par sa gorge.

Je lui glisse à l’oreille qu’il faut que je m’en aille et que je reviendrai le lendemain, à peu près à la même heure.

Elle marmonne du bout des lèvres, très doucement : « Mayi » (ce qui signifie « eau » en lingala).

Je comprends alors qu’elle a soif et qu’elle a besoin de s’hydrater.

J’imagine à quel point elle doit être assoiffée.

Je me demande depuis combien de temps elle n’a pas bu…

Cela a dû être horrible pour elle de ne pas pouvoir boire, elle qui me réclamait assez souvent de l’eau.

Chaque jour, je prenais soin de lui ramener de l’eau, car elle refusait de boire celle de l’hôpital.

J’appelle alors une infirmière afin qu’elle puisse venir lui humidifier l’intérieur de la bouche à l’aide d’un bain de bouche.

Je fais de même avec de l’eau et un coton, puis je m’en vais.

Le cœur lourd, je ne supporte pas de voir ma mère souffrir ainsi.

C’est insoutenable.

Cela me brise un peu plus chaque jour.

Je me sens impuissante.

Après cela, durant les deux semaines qui suivront, avant sa troisième rechute, ma mère ne sera plus la même.

Elle avait complètement changé.

Elle ne voulait plus de son téléphone.

Elle était devenue très calme et ne voulait presque plus parler.

Son regard était vide et ne me souriait plus comme avant.

C’était quelque chose de difficile à vivre pour moi, car je ne comprenais pas ce changement radical.

Il y avait des jours où, en arrivant, elle refusait mes câlins ou mes bisous en me faisant un geste très ferme qui signifiait :

« On prie d’abord. »

Ensuite, elle a commencé à faire un geste qu’elle n’avait pas l’habitude de faire :

avant ou après la prière, elle me prenait et posait ma tête sur sa poitrine pendant quelques secondes.

C’était sa manière de me serrer contre elle.

Je ne comprenais pas vraiment pourquoi, mais j’aimais cela, car ce geste me réconfortait énormément.

Je me sentais comme une enfant dans les bras de ma mère, et j’étais persuadée que rien de mal ne pouvait m’arriver.

Il arrivait parfois aussi qu’elle refuse que je lui mette de la musique.

Elle voulait rester dans le calme.

Seule ma présence lui suffisait ; alors je lui faisais sa toilette et je la massais.

D’autres fois, je la trouvais dans l’obscurité totale.

Instantanément, je lui disais bonsoir et j’allumais la lumière.

Elle me faisait alors signe de l’éteindre, car elle voulait rester ainsi.

De plus, ma mère devenait de plus en plus fragile émotionnellement.

Un soir, puisque nous avions l’habitude de prier avec le pasteur ou avec son petit frère, selon leur disponibilité, elle se mit à pleurer parce que le pasteur ne répondait pas.

Il a donc fallu que je la réconforte en lui disant qu’il était certainement occupé.

Elle me disait qu’elle se sentait toujours mieux après la prière et que c’était un réel besoin pour elle.

Après cela, j’ai veillé à ce qu’elle ne manque plus jamais de prière jusqu’à son dernier souffle.

Elle me réclamait beaucoup son petit-fils et me disait qu’il lui manquait énormément.

En réalité, mon neveu a grandi avec sa mamie.

Pour tous les deux, la rupture a été très brutale, à mon avis.

Il arrivait parfois que je vienne de plus en plus tard à l’hôpital, et de son côté, elle le supportait de moins en moins.

Un soir, une infirmière m’informa, avant mon entrée dans le box, que ma mère avait fait une crise d’angoisse dans l’après-midi.

Elle savait que j’allais arriver tard.

Elle était très fatiguée de tous les traitements qu’elle devait prendre et de devoir cracher ses glaires.

Ses séances de kinésithérapie et son traitement lui faisaient remonter toutes les glaires des poumons.

C’était en soi une bonne chose, mais c’était quelque chose de très douloureux à vivre pour elle.

Les infirmières se mirent donc à la consoler en attendant mon arrivée.

Elle me dira finalement que l’ardoise lui permettait d’écrire sa détresse et qu’elle écrivait davantage dessus, car elle ne pouvait parler que très doucement.

Toutefois, grâce à la trachéotomie, elle parlait de mieux en mieux.

Puisque ma mère pouvait parler, le personnel médical connaissait presque toute notre vie.

Ils savaient que ma grand-mère était à Mbanza-Ngungu et qu’elle s’appelait Céline.

Elle leur parlait de mes sœurs et de moi, de mon neveu, etc.

Elle leur parlait de tout.

Ce qui me fendait le cœur, c’est que ma mère leur disait de ne pas me dire lorsqu’elle était triste et qu’elle pleurait.

Elle ne voulait pas que je sois triste moi aussi.

Mais les infirmiers me racontaient tout.

Et quand j’arrivais dans son box, elle faisait comme si de rien n’était…

À cet instant, j’ai commencé à me dire qu’il fallait peut-être que je quitte mon travail afin de me concentrer uniquement sur elle.

— Merveille Grâce Lutete

Autrice