CHRONIQUE 42 jours en réanimation - jour 17

8 min de lecture
CHRONIQUE 42 jours en réanimation - jour 17

JOUR 17

Vendredi 17 septembre 2021

Cette journée me bouleversera à tout jamais.

Ce matin, comme à mon habitude, j’appelais entre 9h et 10h30 pour demander comment se portait ma mère.

Par la suite, je reçus un appel de ma sœur qui me remercia de l’avoir laissée voir ma mère, puis elle me demanda de lui laisser appeler l’hôpital pour avoir des nouvelles. Je refusai.

C’était devenu mon rituel du matin ; il était donc nécessaire pour moi de le faire.

Ma sœur insista et je finis par lui donner le numéro de l’accueil du service de réanimation.

Je lui expliquai le protocole à suivre en lui donnant une condition formelle : à 11 heures, je devais impérativement tout savoir afin de pouvoir orienter nos prières avec les personnes qui étaient associées avec moi au sujet de la santé de maman.

Vers 10h30, je me sentais vraiment mal.

J’avais un mauvais pressentiment. Au fond de moi, je sentais que quelque chose était en train de se passer. Je n’étais pas à l’aise. Je sentais un fardeau au-dedans de moi.

J’en ai alors parlé à ma collègue et j’appelai ma sœur.

Cette dernière ne répondait pas.

Ce fut la panique totale. Je commençais à cogiter, à m’agiter, à me poser mille et une questions, à avoir des frissons, etc.

Afin de me calmer, je me suis mise à me parler à moi-même en me disant que « ça ira », que je devais « me calmer ».

Je pris une grande bouffée d’air afin de me ressaisir.

Je me disais que c’était certainement mon cerveau qui me jouait des tours.

Les minutes défilaient et je n’avais toujours pas reçu d’appel de ma sœur.

J’étais de plus en plus mal et j’ai fini par me rendre aux toilettes…

Assez d’attendre : j’appelai l’hôpital.

Un infirmier me prévint alors qu’un membre de la famille avait appelé et, à ma grande surprise, j’appris que cette personne était mon père. Il avait contacté l’hôpital dans la matinée.

Ma sœur m’avait donc trahie en lui donnant les coordonnées.

De plus, il m’informa que l’état de ma mère s’était complètement dégradé et qu’elle avait fait une rechute soudaine.

Je compris aussitôt.

J’interrompis l’infirmier et je lui dis :

« OK, j’arrive tout de suite. »

J’étais à deux doigts de faire un malaise. Colère, peur, culpabilité et amertume se mélangeaient dans mon corps. Dans ce trop-plein d’émotions, je revins tout de même à la raison et me dis que je ne pouvais pas prendre le volant dans cet état, au risque de provoquer un accident.

13h. Je quittai mon lieu de travail.

C’était une chose que je n’avais jamais faite auparavant. J’avertis ma collègue ainsi que mes supérieurs.

La route me parut si longue.

14h. J’arrivai à l’hôpital.

Je sonnai.

Et à ma grande surprise, pour la première fois, on me répondit :

« Veuillez patienter en salle d’attente, nous allons venir vous chercher. »

Ça ne sentait pas bon du tout.

J’attendis. Le temps d’attente me paraissait interminable.

On finit par venir me chercher.

Et pour la première fois, on m’emmena dans ce qu’on appelle la salle des familles.

C’est une petite pièce où l’on reçoit les familles lorsqu’une nouvelle importante tombe ou lorsqu’un patient est en fin de vie.

On m’expliqua qu’avant d’aller voir ma mère, il fallait que l’on me parle.

En face de moi, il y avait un médecin et une infirmière. Cela ne présageait rien de bon.

L’infirmière me relata l’historique de l’hospitalisation de ma mère et m’expliqua ce qu’il s’était passé ce matin-là.

Ils ne comprenaient absolument pas ce qui lui arrivait : elle allait très bien la veille, avait bien récupéré et ils n’avaient donc aucune explication à cette rechute.

Moi, je savais ce qui s’était passé…

Ma maman avait été rebranchée.

Ils allaient lui faire une trachéotomie, c’est-à-dire une incision de la trachée.

Au lieu d’intuber ma mère comme auparavant, ils décidèrent de lui faire une trachéotomie puisque l’hématome qu’elle avait dans la trachée s’était élargi. Il fallait donc éviter de l’infecter davantage.

Je finis par demander si mon père avait été informé de la situation.

En effet, j’étais très en colère et, au fond de moi, j’avais cette conviction que si j’avais appelé de moi-même, comme d’habitude, et que je n’avais pas cédé à l’attendrissement de ma sœur, les choses se seraient passées autrement.

J’ai cette conviction que lorsqu’on nous délègue une mission d’une telle importance, elle doit être effectuée par nous et par personne d’autre. J’avais failli à ma mission. J’avais ouvert une brèche. Je m’étais fait avoir. On m’avait séduite. On m’avait eue par les sentiments.

Si ma mère m’avait choisie pour cette mission, c’est qu’il fallait que je l’accomplisse à 100 %.

Puisque Dieu avait permis que je sois sur le terrain, j’avais la responsabilité d’être sage et de discerner les choses de manière spirituelle également.

J’aurais dû être aux aguets.

L’infirmière et le médecin m’expliquèrent que lorsque je verrais ma mère, elle serait déjà plongée dans le coma. Je ne la verrais donc pas éveillée.

Je fus abattue.

Traumatisée.

À cet instant, je compris que je m’apprêtais à voir ma mère sans avoir d’interaction avec elle…

À la fin de mon entretien avec le personnel soignant, je les informai que dorénavant aucun secret médical ne devrait être divulgué, si ce n’est à moi.

Ils étaient d’accord puisque c’était ce qui avait été convenu au départ.

Néanmoins, un des médecins me dit qu’il comprenait mon père, car cela faisait un certain moment qu’il n’avait pas vu sa femme et que cela devait sûrement être pesant pour lui.

Je lui expliquai avec tout le respect et la tolérance possibles que mon père n’était pas en état de gérer quoi que ce soit…

Avant d’aller voir ma mère, j’ai dû attendre une vingtaine de minutes, car l’infirmière me dit qu’elle n’était pas « présentable ».

Enfin, je découvris ma mère allongée sur le dos, branchée. Elle avait un genre de scotch sur les yeux et ses poignets étaient attachés.

Quel choc !!!

Je n’avais aucune idée du pourquoi ils avaient fait cela. Qu’est-ce qui s’était passé ?! Je ne le saurai jamais…

J’étais sous le choc, car la veille elle n’était pas dans cet état. Mais alors pas du tout…

Je me mis à pleurer très fort devant elle pour la première fois.

Les cris, les pleurs, les murmures… je m’écroulai devant son lit.

Un infirmier fit son entrée et je lui demandai des explications.

Il m’informa que la trachéotomie allait avoir lieu dans quelques instants et que je ne pourrais donc pas rester longtemps avec ma mère.

Je pleurais, je sanglotais tout en parlant à ma mère.

Puis je constatai que ma mère avait des réflexes. Ses phalanges bougeaient, sa bouche était ouverte et elle clignait des yeux.

Je regardai ma mère et je vis que, dans son coma, elle pleurait… Puis elle se mit à suffoquer et je compris qu’elle m’entendait.

Mes sanglots, mes mots l’avaient stimulée.

Je me mis à essuyer ses larmes et je lui demandai pardon.

Je ne sais pas s’il existe des degrés d’endormissement, mais elle avait beaucoup plus de réflexes que lorsqu’elle avait été précédemment dans le coma.

Tout ceci reste un mystère, mais cette journée restera à jamais surnaturelle pour moi.

Enfin, le moment de l’emmener au bloc arriva et l’infirmier me demanda si je souhaitais rester.

Il me dit que cela durerait un certain temps et qu’on m’appellerait lorsque ce serait terminé.

Bien entendu, j’ai décidé d’attendre dans ma voiture et je me suis retrouvée dans tous mes états.

J’avais tellement mal au cœur. Ma douleur traversait tout mon corps. Je criais à Dieu.

C’était beaucoup trop lourd pour moi.

Mon téléphone était en mode « Ne pas déranger ».

Je recevais des appels de ma sœur. Je refusais de répondre. Puis des messages dans lesquels elle me demandait pardon.

Je contactai le pasteur.

Il m’écouta et essaya de me calmer, mais rien n’y faisait.

Dans mon tracas, je finis par m’endormir dans la voiture.

Je me réveillai vers 18h et je retournai à l’hôpital.

Je sonnai et on me dit encore une fois qu’il fallait que j’attende un peu en salle d’attente.

Aux alentours de 19h, on vint me chercher pour que je puisse aller voir ma mère.

J’arrivai donc dans la pièce et je vis ma mère avec un tube dans la gorge et un pansement. Je constatai qu’elle avait énormément saigné.

Je ne reconnaissais pas ma mère. Je me demandais :

« Mais qu’est-ce qu’on fait à son corps ? »

Ma mère souffrait vraiment trop.

Elle avait du sang partout : sur le visage, les épaules et le cou.

Je pris donc des compresses et je me mis à la nettoyer, à la frotter, à lui mettre de la crème.

Je ne supportais pas de la voir comme ça.

Tout à coup, Vincent, un infirmier, entra dans la chambre et je lui fis part de mon mécontentement

— Merveille Grâce Lutete

Autrice