CHRONIQUE 42 jours en réanimation - jour 16

5 min de lecture
CHRONIQUE 42 jours en réanimation - jour 16

JOUR 16

Jeudi 16 septembre 2021, 16e jour en réanimation.

En sortant du travail, je pris la route.

J’arrivais à l’hôpital après 1h30 de trajet, comme chaque soir depuis le lundi.

19h37, j’arrive à l’hôpital.

J’arrivais de plus en plus tard et ma mère m’attendait toute la journée. C’était assez compliqué.

Comme à mon habitude, je sonne au service, je m’annonce et on m’ouvre la porte.

Je traverse le couloir et enfile ma tenue, mon masque et ma charlotte.

Au moment de rentrer dans le box, à travers le volet roulant, j’aperçois ma sœur à l’intérieur.

Surprise, je panique et entre vite en me cachant contre le mur en lui disant :

« Mais qu’est-ce que tu fais là ??? Comment as-tu pu rentrer ??!!! Ils savent que ce n’est pas moi ??!!! »

Je ne comprenais absolument pas comment elle avait fait car on venait de m’ouvrir la porte.

Ma sœur devait simplement venir déposer à l’accueil un dessin que mon neveu avait fait pour ma mère. Et voilà que je la retrouvais dans le service de réanimation et dans la chambre de ma mère.

Elle me raconta que lorsqu’elle avait sonné à l’interphone, on lui avait demandé qui c’était et elle avait répondu qu’elle venait pour ma mère.

Étant donné que nous avons la même voix, ils lui ont ouvert la porte sans vérifier, pensant que c’était moi. Elle traversa le couloir jusqu’à l’accueil et trouva le box de maman.

Les infirmières présentes n’ayant pas prêté attention, elle se dit qu’elle se ferait passer pour moi. Et ça a fonctionné !

Elle se changea puis entra tranquillement dans le box de maman, ni vue ni connue.

Elle était si heureuse de retrouver notre mère.

J’étais épatée. Parce que, mine de rien, c’était audacieux et à la fois très risqué.

J’étais touchée de les voir ensemble car ma mère lui manquait énormément.

Elles ne s’étaient pas vues depuis ce fameux 30 août, jour où les pompiers étaient venus chercher notre mère.

Elle avait tout de même pu rester environ 45 minutes avec elle avant mon arrivée.

Ma mère était toute souriante de voir deux de ses filles réunies dans son box.

Ce fut mon meilleur moment de ces 42 jours.

C’était si drôle et à la fois excitant car ma sœur refusait de quitter le box.

À tout moment, un membre du personnel médical pouvait arriver et découvrir que nous étions trois dans le box.

Ma mère en avait profité pour beaucoup parler car toutes les deux étaient excitées de se voir et de se toucher.

Ma sœur finit par s’en aller et me laissa seule avec elle.

Ce soir-là, je suis restée 1h30 avec maman après le départ de ma sœur.

Elle semblait aller mieux.

Elle avait toujours ses petites lunettes d’oxygène dans les narines à 30 % d’apport et était à demi-assise sur son lit.

Une infirmière arriva dans le box et me laissa entendre que l’extubation avait causé un œdème dans la gorge de ma mère.

Elle m’informa également que la veille, ma maman avait uriné 5 litres et qu’il en était de même aujourd’hui. Mais que cela favoriserait le dégonflement des œdèmes qu’elle avait sur le corps.

Cela s’explique car lorsqu’on reste un certain temps allongé du même côté, sans mouvement, on perd du muscle.

D’autre part, ma mère avait des sondes pour s’hydrater, se nourrir et prendre ses médicaments. Elle avait donc une quantité importante de liquide dans son corps.

Il est important de noter que lorsque le traitement en réanimation a commencé, ma mère avait du mal à uriner et à faire des selles. Elle avait donc très souvent mal à l’estomac et on lui faisait régulièrement des massages afin que ses intestins puissent se décontracter.

C’était donc une bonne chose qu’elle ait pu uriner autant en deux jours car elle allait « dégonfler » et retrouver sa réelle taille corporelle.

Elle avait les mains, les pieds, les membres supérieurs et inférieurs gonflés.

En effet, j’observais que ses jambes et ses bras commençaient à être de moins en moins lourds.

Néanmoins, elle n’avait toujours pas le droit de manger ni de parler… donc elle chuchotait.

L’infirmière lui donna uniquement un yaourt et une compote.

Au fond de moi, je me disais :

« Ma pauvre petite Maman… »

Ma mère ressentait tellement le besoin de parler. Elle discutait beaucoup malgré le fait qu’il lui était interdit de parler.

Je la grondais. Je lui disais de faire des pauses… Mais ma mère ne m’entendait pas de cette oreille.

Ce soir-là, maman était trop excitée.

Cela me faisait rire mais en même temps, j’avais vraiment peur car ses cordes vocales et sa trachée étaient encore beaucoup trop fragiles.

Je lui laissais des livres à lire car dans son box, elle n’avait pas assez de réseau.

Je priai avec elle.

Comme chaque jour, je lui rappelais que je reviendrais le lendemain à 19h30, après le travail.

Le lendemain, le vendredi 17 septembre, catastrophe.

L’œdème à la gorge s’est enflammé, sans doute à cause des nombreux chuchotements.

La culpabilité m’envahit…

— Merveille Grâce Lutete

Autrice