CHRONIQUE 42 jours en réanimation - jour 13

JOUR 13
Lundi 13 septembre
Ma mère est sous faible dose de morphine.
La conclusion du médecin tombe : une probable amputation trans-phalangienne moyenne.
Il s’agit du bout de la phalange.
Le doigt est toujours noir. Toujours douloureux.
Maman pleure terriblement.
Elle est très nerveuse, d’autant plus qu’elle ne peut pas s’exprimer de vive voix.
Lorsqu’elle entend le mot « amputation », elle éclate en sanglots.
Je cherche alors les bons mots pour la consoler :
« Ne t’inquiète pas… c’est la main gauche. Tu es droitière, ça ne te handicapera pas tant que ça. Et puis ce n’est qu’un doigt, Maman… regarde, juste un doigt. Tu pourras toujours mettre tes jolis vernis. »
Je jouais la carte de la relativité.
Même si, au fond, je voulais pleurer autant qu’elle.
Je crois même que je ne croyais pas moi-même à ce que je disais…
Il faut savoir que ma mère et sa manucure, c’était une véritable histoire d’amour.
Elle avait les ongles naturellement longs, toujours soignés.
Je continue à lui dire que je serai là pour elle.
Que je m’occuperai personnellement d’elle.
Qu’elle ne remarquera même pas l’absence d’un doigt…
Je ne sais par quelle force j’ai trouvé autant de ressources pour l’encourager.
Cela m’étonnera toujours.
Mais face à son mal, mon impuissance me rattrape.
Sa nervosité finit par m’envahir à mon tour.
Je me sens démunie.
Je prends son doigt.
Je souffle dessus.
Je le masse doucement.
Elle souffre réellement.
Alors j’essaie de la distraire, tant bien que mal.
Avant de partir, je lui rends son téléphone pour que nous puissions échanger par messages.
Nous prions ensemble, comme à notre habitude, en nous appuyant sur le Psaume 91.
Je la rassure. Je lui parle encore.
En sortant de l’hôpital, je suis abattue.
Plus encore que la veille.
À l’intérieur de moi, je me consume lentement.
Je suis affaiblie. Épuisée.
Je réalise que la situation semble empirer au lieu de s’améliorer.
Il était question de traiter une pneumopathie…
Et maintenant, on parle d’une éventuelle amputation.
Je suis triste. Apeurée.
J’ai mal pour elle.
Je m’en veux de la laisser seule dans cet état.
Je me demande à quoi elle pense.
Ce qu’elle se dit intérieurement.
Comment vit-elle cela ?
Que se passe-t-il lorsqu’elle reste seule, après mon départ ?
À partir de ce jour, quelque chose en moi commence à changer.
Je ne suis plus la même.
Mon esprit divague…
— Merveille Grâce Lutete
Autrice