CHRONIQUE 42 jours en réanimation. 30 août 2021, 23h57 - 11 octobre 2021, 19h38

CHRONIQUE 42 jours en réanimation.
30 août 2021, 23h57 - 11 octobre 2021, 19h38
JOUR 1
Nous sommes à la fin du mois d’août 2021, période durant laquelle mes parents furent frappés par le Covid.
Tous deux refusèrent de se rendre à l’hôpital malgré leur état. Ainsi, mes sœurs et mon beau-frère s’en occupèrent.
Puis arriva cette fameuse journée du 28 août 2021, date qui restera à jamais gravée en moi. Je fus informée de la situation par ma petite sœur, qui me téléphona, et je me rendis aussitôt au domicile familial afin de constater la gravité de la situation.
Au départ, ma mère allait plutôt bien ; c’était mon père qui était vraiment mal au point. Mais la situation s’inversa subitement, de manière presque mystérieuse.
Le soir du 30 août, j’arrivai à la maison familiale et je constatai qu’il y avait urgence. Je pris la décision d’appeler les pompiers, à l’insu de mon père, qui refusait catégoriquement qu’on les contacte, afin qu’ils viennent prendre en charge ma mère, qui était littéralement en train de partir.
Son état s’était considérablement détérioré : elle avait 55 de saturation et sa manière de respirer était terrifiante. Elle ne tenait plus sur ses jambes, vomissait sans arrêt et ressentait une douleur intense aux poumons. Et c’est à cet instant précis que je compris que si je n’agissais pas, je la perdrais.
Les pompiers arrivèrent avec un masque à oxygène et lui mis directement.
Mon père, les voyant arriver, se leva du canapé, m’attrapa par les épaules et me secoua violemment en me disant en lingala :
« Pourquoi tu les as appelés ? Pourquoi tu as fait ça ?! Je vous avais interdit de les appeler ! »
L’un des pompiers le calma et lui dit :
« Monsieur, calmez-vous ! Votre fille a bien fait de nous appeler. »
[…]
Je peux encore ressentir aujourd’hui les palpitations dans mon cœur en repensant à son regard, dans ce camion de pompiers, assise sur un fauteuil roulant… Ce regard inquiet posé sur moi. Un regard mêlé de peur, de détresse, et en même temps de reconnaissance…
Elle souleva légèrement son masque et me dit, tout doucement, en lingala :
« Merci, Merveille… J’étais en train de partir. »
30 août 2021, 23 h 57 : heure d’arrivée à l’hôpital de Melun.
Le début de 42 jours de souffrance…
— Merveille Grâce Lutete
Autrice